1919 —
Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié
CORBOLIN Auguste.- Il naquit à Bains le 16 août 1873, fit ses études dans nos séminaires et y reçut les ordres mineurs. Étant entré au séminaire colonial de Paris, il y fut ordonné sous-diacre le 23 décembre 1899, diacre le 9 juin 1900, et prêtre le 8 juillet suivant. En cette même année, au mois de novembre, il s'embarquait pour la Guadeloupe, était nommé vicaire de Petit-Canal, puis, peu de temps après, vicaire à la cathédrale de Basse-Terre. Il rentra à Petit-Canal comme curé et fit mentir le proverbe : Non bis in idem.
Le sermon qu'il adressa à ses paroissiens, le jour même de son installation, était un vrai programme de vie pastorale. Un curé est père et pasteur. Père, je vous aimerai comme un père aime ses enfants. Pasteur, je vous garderai et vous nourrirai comme le pasteur conduit et nourrit ses brebis. C'est mon devoir, ce sera aussi mon bonheur d'accomplir envers vous cette double mission.
Je suis votre curé. Avec la grâce de Dieu, je serai au milieu de vous l'homme de la paix, l'homme de la conciliation, l'homme de la condescendance, l'homme de la charité, mais avant tout je serai l'homme de la vérité ; et l'amour de la vérité doit passer avant tout autre amour, même avant l'amour de la paix, Veritatem et pacem tantum diligite.
Voilà qui est bien pensé et d'une belle tenue littéraire.
Dans cette paroisse de Petit-Canal, qui compte 7 000 habitants, sa vie pastorale fut très active et son ministère fort apprécié. Son église fut ravagée par un cyclone ; il dut la restaurer, en refaire le mobilier, et ses paroissiens, qui l'aimaient, ne lui ménagèrent pas leur travail et leur argent.
Mais un ministère aussi actif, dans une paroisse populeuse, sous un climat anémiant eut bientôt fait d'user son vigoureux tempérament. Combien de fois nous avons entendu M. l'abbé Roth, pourtant solide Alsacien, se plaindre de la température débilitante des colonies.
En 1914, au commencement de la guerre, M. Corbolin, qui avait obtenu un congé de convalescence, s'offrit à Monseigneur l'Évêque pour un ministère pastoral, voulant travailler et être utile, alors qu'il eût pu, en toute conscience, se reposer.
Désigné comme prêtre auxiliaire à Rupt, il secondait M. le Doyen, autant que le permettait son état neurasthénique, en portant les sacrements aux malades et en célébrant les messes tardives. M. Corbolin était animé d'une grande dévotion envers la Sainte Vierge et récitait chaque jour le chapelet : l'assistance de Marie ne lui fit point défaut au suprême moment. Il demanda et reçut les sacrements avec une complète résignation à la volonté de Dieu.
Quand, le 18 novembre, après une maladie de six jours seulement, il fut terrassé par la mort, la chrétienne population de Rupt, avec M. Pinot, conseiller général et maire, avec la municipalité, rendit hommage à ses vertus sacerdotales en assistant nombreuse à ses obsèques.
[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 17 janvier 1919, 43-03, p. 24. Signé : Th. P.].