Joseph Émile COLIN

[ Mattaincourt (88) , 22/12/ 1831 – Lusse (88) , 29/10/ 1911 ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1911 — Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié

COLIN Joseph Émile.- M. l'abbé Joseph-Émile Colin, né à Mattaincourt le 22 décembre 1831, fut ordonné prêtre le 1er mai 1857. D'abord professeur à Senaide en 1857, puis aumônier du Couvent de Godoncourt en 1861, il fut nommé vicaire à Lusse en 1863 et en devint le curé le 1er juillet 1864. Il recevait les Lettres de Chanoine honoraire le 18 mars 1896. Le 15 octobre 1904, il prenait sa retraite à Lusse. Il y est pieusement décédé le 29 octobre 1911.

Ses obsèques ont eu lieu mardi à Lusse et jeudi à Mattaincourt où s'est faite l'inhumation.

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 3 novembre 1911, 35-44, p. 706].

Nécrologie.- Nous remercions M. le Curé de Mattaincourt de nous avoir permis de faire de larges emprunts à l'oraison funèbre dans laquelle il a si bien su faire revivre la figure éminemment sacerdotale du bon chanoine de Lusse :

Peu de prêtres ont fourni dans le saint ministère une carrière aussi longue et aussi féconde en fruits de salut, que M. le Chanoine Joseph Émile Colin. 50 ans au service de Dieu et des âmes.

Tout à l'heure, j'ai parlé de tristesse : c'est le cri douloureux de la nature en face de la mort. Mais il convient mieux de parler le langage de la foi et de l'espérance. N'est-il pas vrai que le ciel est dans la joie ? Les anges et les saints ont ouvert leurs rangs pour recevoir le nouvel élu, et je crois entendre Dieu adresser à ce bon prêtre la parole d'allégresse : Venez, bon et fidèle serviteur, entrez dans la joie de votre Maître, dans la joie de votre Dieu.

Bon et fidèle serviteur, il le fut pendant les 80 ans qu'il a vécu, et surtout pendant les 55 années de sa vie sacerdotale. Il le fut par sa foi vive, par son activité au service des âmes, malgré tous les obstacles et malgré tous les combats. Servir Dieu et sauver les âmes fut la grande, je devrais dire l'unique préoccupation de sa vie. Et en nous rappelant les beaux exemples de vertu qu'il nous a laissés, nous pouvons, sans témérité, croire qu'il est entré dans le repos, et qu'il jouit aujourd'hui de la gloire et du bonheur célestes.

Mes Frères, la foi se donne au baptême, mais ce n'est que le germe de la foi. Ce germe a besoin de se développer, de grandir. S'il rencontre des obstacles, s'il se trouve dans des milieux funestes, il s'étiole et périt. Si au contraire il est cultivé avec soin, il se fortifie, il fleurit de la manière la plus suave et produit des fruits abondants.

C'est ce qui arriva au jeune Émile Colin. Il eut le bonheur de naître de parents chrétiens, il trouva au foyer paternel tous les exemples de piété si agréables à Dieu et si utiles à l'enfance. Et il répondit si bien aux leçons de foi qui lui furent prodiguées, que bientôt il fut évident aux yeux de tous qu'il serait appelé à une vie plus parfaite. Ses délices étaient de venir prier à l'église, dans cette ancienne église de Mattaincourt, à laquelle il resta si pieusement attaché jusqu'à la fin de sa vie. Chaque fois que j'ai eu l'honneur de le recevoir, il me parlait de cette église, il m'en expliquait les dispositions avec, au cœur et sur les lèvres, un sentiment d'ardente affection qui me touchait profondément. C'est là, me disait-il, c'est au milieu de tous ces objets qui ont servi autrefois au Bon Père, que j'ai trouvé ma vocation. Du reste, le curé de la paroisse, M. Hadol, n'avait pas été sans remarquer la foi et la piété profondes de son enfant de chœur, aussi bien que sa précoce intelligence ; lui qui s'y connaissait en hommes, il eut vite éprouvé la vocation de l'enfant, et le fit entrer au séminaire. Et ici se place un incident touchant que je m'en voudrais de ne pas rapporter, parce qu'il dépeint bien les sentiments de foi qui animaient les vieilles familles d'autrefois et la famille Colin en particulier. Ce fut une des sœurs du jeune séminariste, plus âgée que lui, et qui la première avait lancé dans le pays cette industrie des dentelles et des broderies qui y est aujourd'hui si florissante, c'est elle qui réclama l'honneur de subvenir à tous les frais de l'éducation cléricale de celui qui était la gloire de la famille, parce qu'il devait être prêtre.

Le bon chanoine était toujours très ému quand il racontait à ses intimes ce trait, tout à l'honneur des siens.

Au séminaire de Senaide, puis au grand séminaire de Saint-Dié, Émile Colin fut bien dans son élément. C'était la prière et l'étude, comme autrefois pour Pierre Fourier, qu'il s'était proposé comme modèle. Sa vie fut de plus en plus, elle fut bientôt pleinement, exclusivement une vie de foi. Et tel le connurent autrefois ses maîtres et ses condisciples, tel le connurent toujours les âmes qui lui furent confiées et tous ceux qui eurent le bonheur de l'approcher. Que de fois j'ai entendu mes paroissiens s'émerveiller de l'étonnante régularité de vie qu'il a montrée jusqu'à son dernier séjour ici au mois de juillet, alors que son âge et la faiblesse de sa santé eussent réclamé plus de ménagements !

Debout de grand matin, il arrivait à l'église, où il faisait une longue méditation. Vous l'avez vu souvent à l'autel, Mes Frères. Quelle dignité, quel recueillement ! Son bréviaire, sa lecture pieuse, sa visite au Saint-Sacrement, son chapelet, rien n'était négligé, c'était comme les fleurs de sa grande foi ; les fruits, c'était l'édification qu'il donnait à tous, et les nombreux mérites dont il a sûrement reçu la récompense.

Et partout et toujours il en fut de même, à Domvallier où, en sortant du séminaire, il fut envoyé par la confiance de ses supérieurs, pour suppléer à l'âge et aux infirmités du vieux curé - à Godoncourt, où il fut vicaire quelques années seulement, le temps de se faire regretter - enfin, à Lusse, dont il fut pendant près de cinquante ans le pasteur pieux et zélé.

Il y aurait en lui, Mes Frères, d'autres exemples de vertu à signaler à votre admiration ; je m'en tiendrai à cette foi inébranlable qui était toute sa vie. Toutes ses pensées, toutes ses actions, étaient orientées vers Dieu. On pouvait lui appliquer la parole des saintes Écritures : Justus ex fide vivit, le juste vit de la foi. C'était surtout cette foi, cette piété, plus encore que l'aménité de son caractère qui lui attiraient toutes les sympathies, celles de son Évêque, qui le nomma Chanoine honoraire de sa Cathédrale, celles de ses confrères, qui trouvaient en lui un ami et un guide, celles de la noble famille avec laquelle il entretint des rapports si cordiaux et qui lui a voué la plus affectueuse vénération, celles de ses paroissiens, qui, il y a quelques années, lui faisaient un véritable triomphe à l'occasion de ses noces d'or, et qui avant-hier, lui ont donné un magnifique témoignage de leur affection par les larmes qu'ils ont versées, plus encore que par les funérailles grandioses qu'ils lui ont organisées.

Nous garderons son souvenir, Mes Frères, comme celui d'un homme de foi, d'un prêtre pieux et zélé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Je vous le disais tout à l'heure, il y a tout à espérer que le Souverain Juge lui a donné la récompense de sa foi : Qui crediderit, salvus erit. Quand on pense à la piété qu'il témoigna jusqu'à son dernier soupir, demandant avec instance les derniers sacrements, préparant lui-même les objets nécessaires, répondant avec ferveur aux prières liturgiques, on a la certitude qu'il est mort de la mort des justes, mais il faut être si pur pour entrer au ciel ! Peut-être a-t-il besoin de nos prières. Prions donc pour le repos de son âme, prions pour que Dieu lui accorde au plus tôt cette joie infinie et éternelle qui a été le but suprême de sa vie…

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 8 décembre 1911, 35-49, p. 786-788].


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