Jules Félix MÉLINE

[ Remiremont (88), 20/05/1838 – Paris (75), 21/12/1925 ]

avocat, homme politique

Biographie vosgienne

1879 — Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim

MÉLINE Frédéric Jules.- Député, né à Remiremont le 20 mai 1838 ; avocat à Paris, il fut nommé le 4 septembre adjoint au maire du 1er arrondissement et donna sa démission à l’arrivée de la Commune.

Conseiller général des Vosges, fondateur du journal républicain d’Épinal, le Mémorial des Vosges, il fut élu à l’Assemblée nationale le 20 octobre 1872 ; réélu en 1876, il a été nommé sous-secrétaire d’État au Ministère de la justice dans le cabinet Jules Simon du 13 décembre 1876 ; il quitta ce poste à la chute du ministère, et a été réélu à Remiremont aux élections du 14 octobre 1877.

1882 — Annuaire des Vosges / Léon Louis

MÉLINE Félix Jules.- Né à Remiremont, le 20 mai 1838, avocat à la Cour d’appel de Paris, conseiller général, ancien adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris, ancien sous-secrétaire d’État au ministère de la Justice et des Cultes, député sortant.

Élu pour 4 ans député de l’arrondissement de Saint-Dié le 21 août 1881.

A Paris, boulevard Saint-Germain, 84.

[Annuaire 1882, p. 144].

Ancien avocat à la Cour d’appel de Paris, ancien ministre de l’Agriculture, vice-président du Conseil général, ancien adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris, ancien sous-secrétaire d’État au ministère de la Justice et des Cultes, ancien membre du Conseil supérieur du commerce et de l’industrie, député sortant.

A Paris, rue de Vaugirard, 20.

Siège à gauche.

[Annuaire 1886, p. 181].

A Paris, rue de Comaille, 4.

[Annuaire 1890, p. 166].

Conseiller général du canton de Corcieux.

[Annuaire 1890, p. 171].

Membre du conseil supérieur de l’agriculture, vice-président du comité consultatif des consulats, président de la commission internationale d’agriculture, officier du Mérite agricole, fondateur de cet ordre.

Député de l’arrondissement de Remiremont.

Siège à gauche.

[Annuaire 1892, p. 157].

Président du conseil général, vice-président du conseil supérieur du commerce et de l’industrie, vice-président du comité consultatif des consulats, président de la commission internationale d’agriculture, président du comité consultatif des épizooties, membre du conseil supérieur de l’agriculture, président de l’Association de l’industrie française, directeur politique de la République française, membre de la commission supérieure de l’Exposition universelle de 1900, ancien président de la chambre des députés, etc.

[Annuaire 1894, p. 151].

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

MÉLINE (Félix Jules).- Né à Remiremont le 20 mai 1838, il fit ses études de droit à Paris et se fit inscrire comme avocat au barreau de Paris.

Le 5 septembre 1870, le gouvernement de la Défense nationale le nommait adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris ; les électeurs lui confirmaient ce mandat le 7 novembre suivant, en l’élisant par 4 339 voix. Aux élections générales du 12 février 1871, il se présenta comme candidat républicain à la députation dans les Vosges et obtint 20 062 voix sans être élu. Le souvenir de son administration pendant le siège de Paris était resté vivace chez ses administrés du 1er arrondissement ; aussi fut-il choisi par eux comme candidat de l’ordre aux élections pour la Commune de Paris, le 26 mars 1871. M. Méline fut élu membre de la Commune, le 2e sur 4, par 3 000 voix environ ; la protestation contre la révolte du 18 mars s’était faite ainsi sur son nom. Il donna naturellement sa démission, sans siéger à l’Assemblée communaliste.

Il fut encore désigné, après la répression de la Commune, comme candidat au Conseil municipal de Paris, le 23 juillet 1871, dans le quartier de Saint-Germain-l’Auxerrois, mais il n’obtint que 640 voix contre 877 au notaire Prestat, candidat monarchiste, qui fut élu. Enfin, le 8 octobre 1871, il fut élu conseiller général des Vosges pour le canton de Corcieux, et y a été constamment réélu depuis, en 1877 et en 1883 ; il est vice-président du conseil général.

La démission de M. Steinheil créa une vacance dans la députation des Vosges. M. Jules Méline se présenta de nouveau aux suffrages de ses compatriotes et, le 20 octobre 1872, il fut élu député des Vosges à l’Assemblée nationale, par 32 160 voix contre 25 868 au docteur Antoine Mougeot. Il y vota avec le parti républicain. Le 20 février 1876, M. Méline fut réélu député des Vosges par l’arrondissement de Remiremont, avec 8 071 voix, sans concurrent. Sous-secrétaire d’État au ministère de la justice et des cultes, le 21 décembre 1876 [Note], avec M. Martel comme ministre et garde des sceaux, il quitta ces fonctions à la suite de l’acte du 16 mai 1877, contre lequel il protesta avec les 363 députés républicains.

Le 14 octobre 1877, il était réélu député des Vosges dans l’arrondissement de Remiremont par 9 332 voix contre 5 369 à M. Auguste Krantz, papetier à Ranfaing. M. Méline fut, à la Chambre des députés, le rapporteur du tarif général des douanes et déploya dans cette lourde tâche une activité et un talent hautement appréciés de tous et qui le fit placer parmi les hommes de valeur du Parlement. Il soutint le travail national contre les libres-échangistes et l’emporta. Le 21 août 1881, il était réélu député, toujours par l’arrondissement de Remiremont, avec 9 130 voix, sans même avoir de concurrent.

Le 20 février 1883, il devenait ministre de l’agriculture dans le cabinet présidé par M. Jules Ferry. M. Méline fut au pouvoir ce qu’il avait été dans les débats parlementaires, l’homme du devoir, laborieux, éclairé, dévoué jusqu’à l’abnégation. Il fit pour l’agriculture française en péril ce qu’il avait fait, lors des discussions douanières, pour l’industrie. Avec sa facilité d’assimilation, son ardeur au travail, sa parole claire et convaincue, il rendit confiance aux agriculteurs, déposa et fit voter des projets destinés à protéger les producteurs français et et acquit rapidement dans le monde agricole la même popularité que dans le monde industriel. M. Méline partagea le sort de à tous les membres du cabinet Ferry, qui fut renversé le 30 mars 1885, à la suite de la défaite de Lang-Son. Il reprit sa place à la Chambre, se vouant exclusivement à soutenir les intérêts agricoles et industriels.

Réélu député des Vosges, au scrutin de liste, le 1er sur 6, le 4 octobre 1885, par 47 292 voix, il a de nouveau été chargé du rôle de rapporteur des tarifs douaniers et a été élu par ses collègues, sans distinction d’opinions, président du groupe agricole de la Chambre. M. Méline est officier du Mérite agricole, ordre qu’il a fondé et que les railleries dont il a été l’objet n’empêchent pas d’être une bonne institution et un utile encouragement à l’agriculture.

Il est depuis 1882 président de l’association vosgienne de Paris.

Le 4 avril 1888, il a été proclamé Président de la Chambre des Députés, après la démission de M. Floquet, devenu ministre. Il avait eu, au 3e tour de scrutin, 168 voix contre un nombre égal accordé à M. Clemenceau ; aussi fut-il déclaré élu, par bénéfice de l’âge. Il apporta dans sa présidence, qui fut signalée par des séances orageuses, le sang-froid et l’impartialité dont il a fait preuve dans tous les postes qu’il a occupés.

Il a été réélu le 8 janvier 1889 président de la Chambre des députés. En février suivant, chargé de former un ministère, il dut renoncer à cette tâche devant le parti-pris qu’il rencontra et l’impossibilité où il se vit d’appliquer son programme de conciliation et de tolérance. C’est sous sa présidence que la Chambre élue en 1885 terminera ses travaux.

 

Note : C’est donc à tort que le Dictionnaire des Contemporains de M. G. Vapereau le cite comme ayant été sous-secrétaire d’État au ministère de l’intérieur, en 1879.

1897 — Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

MELINE Félix Jules.- Né à Remiremont le 20 mai 1838.

Ministre de l’Agriculture, président du Conseil des ministres.

Député de l’arrondissement de Remiremont.

Ancien président de la Chambre des députés.

Délégué de la chambre de commerce d’Épinal.

Président du Conseil général des Vosges où il représente le canton de Corcieux.

Président de l’Association vosgienne de Paris et du Comice agricole de Remiremont.

Officier du Mérite agricole.

M Méline fit ses études au collège de sa ville natale et vint à Paris pour suivre les Cours de la faculté de droit. Ayant obtenu le diplôme de licencié, il se fit inscrire au barreau de la cour d’appel de Paris. Il collabora vers la fin de l’Empire à quelques journaux de l’opposition et se signala par ses vives attaques contre ce gouvernement.

Nommé adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris après le 4 septembre 1870, il fut élu membre de la Commune le 18 mars 1871, mais il démissionna presque aussitôt.

Jusqu’au 20 octobre 1872, M. Méline resta en dehors de la vie politique sans toutefois s’en désintéresser complètement. A cette époque, il fut élu député des Vosges en remplacement de M. Steinheil, démissionnaire et se fit inscrire à la gauche républicaine de la Chambre.

Réélu en 1876, il devint, le 12 décembre de la même année, sous-secrétaire d’État au ministère la Justice, dont M. Martel était titulaire, dans le cabinet Jules Simon. Il donna sa démission après le 16 mai 1877 et fut l’un des 363 députés qui refusèrent le vote de confiance au cabinet de Broglie. Au renouvellement général des Chambres, le 14 octobre 1877, il fut réélu dans le même département.

Depuis lors, il se voua complètement aux intérêts des agriculteurs et des ouvriers ; dans cette législature, il devint membre, rapporteur et président de la commission des tarifs de douane. Aux élections du 21 août 1881, il fut élu de nouveau. Lors du cabinet Jules Ferry (21 février 1883 - 6 avril 1885), il reçut le portefeuille du ministère de l’Agriculture.

Pendant son séjour dans ce ministère, il fonda l’ordre du Mérite agricole, dans le but de récompenser les services rendus à l’agriculture. Il est un des fondateurs et le président du groupe agricole.

Le 3 avril 1883, M. Méline fut élu président de la Chambre en remplacement de M. Floquet, appelé à présider le nouveau cabinet. Il eut à lutter contre le boulangisme qui jouissait alors d’une grande popularité. Il conserva ces fonctions jusqu’au renouvellement de 1889. Réélu député le 22 septembre de cette année, il le fut également en 1893.


1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

MÉLINE (Jules), avocat, ministre et président du Conseil des ministres
Remiremont, 20 mai 1838 - Paris, 21 décembre 1925


Jules Méline. Jules Méline est le fils de Dominique Méline, originaire de Champdray, et de Louise Chavanne, fille d’un notaire de Bruyères. Son père vient sans doute habiter à Remiremont lorsqu’il obtient le poste d’agent général de la compagnie d’assurances L’Union en 1836. Il occupe également la fonction de greffier de la justice de paix dans la même ville, notamment en 1851 et 1855. Il est en contact permanent avec les manufacturiers vosgiens qui doivent assurer leurs usines ou plaider pour conserver les droits liés à leurs installations. En 1885, il s’associe avec Jourdan pour constituer le cabinet Méline et Jourdan qui fonctionne jusqu’à sa mort survenue le 19 juillet 1893. Lors de ses obsèques, les journaux de la région rappellent qu’il a été greffier durant 25 ans et agent général pendant 57 ans. Son épouse est décédée dans la même cité le 29 septembre 1883.

Jules Méline, leur fils, ancien élève du collège de Remiremont, est attiré très tôt par le prestige de la capitale française. Il fait son droit jusqu’au doctorat et il accède au secrétariat de la conférence du stage des avocats. Il noue des liens d’amitié avec beaucoup de futurs dirigeants politiques qui vivent à Paris le réveil républicain. Au cours de 1867, il épouse Marie Joséphine Bluche, fille de Joseph Bluche, manufacturier au Ménil-Thillot, puis au Thillot, et de Marguerite Adelaide Binger. Elle est veuve depuis le mois de septembre 1861, époque de la disparition d’Henri Laherard, notaire, son premier mari. Jules Méline fixe son domicile à Remiremont, dans la maison de ses parents située derrière le Palais abbatial. A Paris, où il est inscrit au barreau, il possède également un appartement. Il s’y trouve lorsque le Second Empire s’effondre le 4 septembre 1870. Dès le lendemain, il est nommé adjoint au maire du 1er arrondissement par le gouvernement de la Défense nationale. Il joue un rôle important au sein de cet organisme jusqu’à la fin de mars 1871.

Aux élections du 12 février 1871, Jules Méline est inscrit sur la liste républicaine des Vosges, mais il n’est pas élu. Il devient cependant conseiller général du canton de Corcieux le 8 octobre suivant. La démission de Georges Steinheil, manufacturier à Rothau, lui donne l’occasion de se présenter à nouveau devant les électeurs vosgiens. Il est élu député à l’Assemblée nationale le 20 octobre 1872. Réélu député des Vosges dans l’arrondissement de Remiremont le 20 février 1876, il conserve son mandat jusqu’au moment où il est élu sénateur le 5 juillet 1903. Il devient également président du Conseil général des Vosges et président de la Chambre des députés.

Après avoir été sous-secrétaire d’Etat au ministère de la Justice et des cultes du 21 décembre 1876 au 16 mai 1877, il obtient le portefeuille de l’Agriculture dans le second cabinet Jules Ferry (21 février 1883 - 30 mars 1885). Pressenti pour constituer le gouvernement en février 1889, puis en avril 1893, il parvient à former un cabinet qui dure 26 mois le 2 avril 1896. Il se retire le 29 juin 1898. Il est encore ministre de l’Agriculture dans le cabinet d’Aristide Briand du 30 octobre 1915 au 14 décembre 1916. Il partage ensuite son existence entre Paris et sa ville natale. Quand il disparaît, il est inhumé à Remiremont en présence d’une foule considérable.

Caricature de Jules Méline par Gilbert Martin (1893). En raison de son environnement familial, Jules Méline s’intéresse de bonne heure aux problèmes de l’industrie et de l’agriculture. Durant ses nombreux séjours à Remiremont, il suit de très près les difficultés qui entravent leur développement, à partir de la deuxième moitié du Second Empire. Il retrouve ensuite sur les bancs de l’Assemblée nationale Nicolas Claude, manufacturier à Saulxures-sur-Moselotte, qui devient son ami. En 1879, il défend avec vigueur le rapport concernant la protection de l’industrie textile. Grâce à son action, les droits d’entrée en France de nombreuses marchandises sont relevés le 27 mai 1881. Il ne peut cependant empêcher le renouvellement du traité de libre-échange avec l’Angleterre en 1882.

Il se rattrape dix ans plus tard, lors du vote de la nouvelle loi de douane qui porte habituellement son nom. Il milite à cette époque au sein d’un organisme protectionniste réactivé en 1878 par Pouyer-Quertier. Il s’agit de l’. Rebaptisée Association de l’Industrie et de l’Agriculture françaises pour la défense du travail national à la suite de l’entente de ses membres avec ceux de la Société des Agriculteurs de France, elle renforce sa position lorsque Jules Méline accepte de la présider en 1893.

Celui-ci devient également directeur du journal La République française, qui appartenait autrefois à Gambetta. Racheté par un groupe d’industriels pour défendre le protectionnisme, il est géré par une société anonyme constituée en novembre de la même année. La liste des souscripteurs-fondateurs de cette société comprend près de 480 noms. Il s’agit surtout de filateurs et de tisseurs. Soixante-neuf d’entre eux ont leurs usines situées dans les Vosges. Au début de 1900, cette firme est dissoute. Les membres de l’Association de l’Industrie et de l’Agriculture françaises reçoivent gratuitement dès 1908 le journal Le Travail national, qui devient l’organe principal de ce groupe de pression.

Jules Méline est également le fondateur du Syndicat général de l’Industrie cotonnière française dont l’assemblée constitutive se tient à Paris le 5 mars 1901. Il est enfin président d’honneur de l’Association cotonnière coloniale placée sous le haut patronnage d’Emile Loubet, ancien président de la République. Pour mener à bien ses diverses tâches, il est aidé notamment par Charles Georgeot, avocat à Remiremont, qui devient rédacteur en chef de L’Industriel vosgien, journal républicain contrôlé par l’homme d’Etat et ses amis manufacturiers de la région.

Jeanne, l’une des filles de Jules Méline, a épousé Louis Mougenot, architecte en chef de la ville d’Epinal et auteur de nombreuses constructions de style à travers la région lorraine. Madeleine, sa seconde fille, est devenue la femme de A. Chazal à Paris en octobre 1900.


Bibl. : Barral (Pierre).- Jules Méline, in Remiremont, l’abbaye et la ville, Journées d’études vosgiennes, 17-20 avril 1980.
Deneux (Anne).- Vie et idées politiques de Jules Méline, Mémoire de DEA, 1981.
Poull (Georges).- Jules Méline, in L’Industrie textile vosgienne, 1765-1981, pages 397-400.
Poull (Georges).- Jules Méline, in Les Vosges, éditions France-Empire, 1985, pages 285-287.


[Georges Poull]

Nouvelle recherche