1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
MÉLINE (Jules), avocat, ministre et président du Conseil des ministres
Remiremont, 20 mai 1838 - Paris, 21 décembre 1925

Jules Méline est le fils de
Dominique Méline, originaire de Champdray, et de Louise Chavanne, fille d’un notaire de Bruyères. Son père vient sans doute habiter à Remiremont lorsqu’il obtient le poste d’agent général de la compagnie d’assurances
L’Union en 1836. Il occupe également la fonction de greffier de la justice de paix dans la même ville, notamment en 1851 et 1855. Il est en contact permanent avec les manufacturiers vosgiens qui doivent assurer leurs usines ou plaider pour conserver les droits liés à leurs installations. En 1885, il s’associe avec Jourdan pour constituer le cabinet
Méline et Jourdan qui fonctionne jusqu’à sa mort survenue le 19 juillet 1893. Lors de ses obsèques, les journaux de la région rappellent qu’il a été greffier durant 25 ans et agent général pendant 57 ans. Son épouse est décédée dans la même cité le 29 septembre 1883.
Jules Méline, leur fils, ancien élève du collège de Remiremont, est attiré très tôt par le prestige de la capitale française. Il fait son droit jusqu’au doctorat et il accède au secrétariat de la conférence du stage des avocats. Il noue des liens d’amitié avec beaucoup de futurs dirigeants politiques qui vivent à Paris le réveil républicain. Au cours de 1867, il épouse Marie Joséphine Bluche, fille de Joseph Bluche, manufacturier au Ménil-Thillot, puis au Thillot, et de Marguerite Adelaide Binger. Elle est veuve depuis le mois de septembre 1861, époque de la disparition d’Henri Laherard, notaire, son premier mari. Jules Méline fixe son domicile à Remiremont, dans la maison de ses parents située derrière le Palais abbatial. A Paris, où il est inscrit au barreau, il possède également un appartement. Il s’y trouve lorsque le Second Empire s’effondre le 4 septembre 1870. Dès le lendemain, il est nommé adjoint au maire du 1er arrondissement par le gouvernement de la Défense nationale. Il joue un rôle important au sein de cet organisme jusqu’à la fin de mars 1871.
Aux élections du 12 février 1871, Jules Méline est inscrit sur la liste républicaine des Vosges, mais il n’est pas élu. Il devient cependant conseiller général du canton de Corcieux le 8 octobre suivant. La démission de Georges Steinheil, manufacturier à Rothau, lui donne l’occasion de se présenter à nouveau devant les électeurs vosgiens. Il est élu député à l’Assemblée nationale le 20 octobre 1872. Réélu député des Vosges dans l’arrondissement de Remiremont le 20 février 1876, il conserve son mandat jusqu’au moment où il est élu sénateur le 5 juillet 1903. Il devient également président du Conseil général des Vosges et président de la Chambre des députés.
Après avoir été sous-secrétaire d’Etat au ministère de la Justice et des cultes du 21 décembre 1876 au 16 mai 1877, il obtient le portefeuille de l’Agriculture dans le second cabinet Jules Ferry (21 février 1883 - 30 mars 1885). Pressenti pour constituer le gouvernement en février 1889, puis en avril 1893, il parvient à former un cabinet qui dure 26 mois le 2 avril 1896. Il se retire le 29 juin 1898. Il est encore ministre de l’Agriculture dans le cabinet d’Aristide Briand du 30 octobre 1915 au 14 décembre 1916. Il partage ensuite son existence entre Paris et sa ville natale. Quand il disparaît, il est inhumé à Remiremont en présence d’une foule considérable.

En raison de son environnement familial, Jules Méline s’intéresse de bonne heure aux problèmes de l’industrie et de l’agriculture. Durant ses nombreux séjours à Remiremont, il suit de très près les difficultés qui entravent leur développement, à partir de la deuxième moitié du Second Empire. Il retrouve ensuite sur les bancs de l’Assemblée nationale Nicolas Claude, manufacturier à Saulxures-sur-Moselotte, qui devient son ami. En 1879, il défend avec vigueur le rapport concernant la protection de l’industrie textile. Grâce à son action, les droits d’entrée en France de nombreuses marchandises sont relevés le 27 mai 1881. Il ne peut cependant empêcher le renouvellement du traité de libre-échange avec l’Angleterre en 1882.
Il se rattrape dix ans plus tard, lors du vote de la nouvelle loi de douane qui porte habituellement son nom. Il milite à cette époque au sein d’un organisme protectionniste réactivé en 1878 par Pouyer-Quertier. Il s’agit de l’
. Rebaptisée Association de l’Industrie et de l’Agriculture françaises pour la défense du travail national à la suite de l’entente de ses membres avec ceux de la Société des Agriculteurs de France, elle renforce sa position lorsque Jules Méline accepte de la présider en 1893.
Celui-ci devient également directeur du journal La République française, qui appartenait autrefois à Gambetta. Racheté par un groupe d’industriels pour défendre le protectionnisme, il est géré par une société anonyme constituée en novembre de la même année. La liste des souscripteurs-fondateurs de cette société comprend près de 480 noms. Il s’agit surtout de filateurs et de tisseurs. Soixante-neuf d’entre eux ont leurs usines situées dans les Vosges. Au début de 1900, cette firme est dissoute. Les membres de l’Association de l’Industrie et de l’Agriculture françaises reçoivent gratuitement dès 1908 le journal Le Travail national, qui devient l’organe principal de ce groupe de pression.
Jules Méline est également le fondateur du Syndicat général de l’Industrie cotonnière française dont l’assemblée constitutive se tient à Paris le 5 mars 1901. Il est enfin président d’honneur de l’Association cotonnière coloniale placée sous le haut patronnage d’Emile Loubet, ancien président de la République. Pour mener à bien ses diverses tâches, il est aidé notamment par Charles Georgeot, avocat à Remiremont, qui devient rédacteur en chef de L’Industriel vosgien, journal républicain contrôlé par l’homme d’Etat et ses amis manufacturiers de la région.
Jeanne, l’une des filles de Jules Méline, a épousé Louis Mougenot, architecte en chef de la ville d’Epinal et auteur de nombreuses constructions de style à travers la région lorraine. Madeleine, sa seconde fille, est devenue la femme de A. Chazal à Paris en octobre 1900.
Bibl. : Barral (Pierre).- Jules Méline, in Remiremont, l’abbaye et la ville, Journées d’études vosgiennes, 17-20 avril 1980.
Deneux (Anne).- Vie et idées politiques de Jules Méline, Mémoire de DEA, 1981.
Poull (Georges).- Jules Méline, in L’Industrie textile vosgienne, 1765-1981, pages 397-400.
Poull (Georges).- Jules Méline, in Les Vosges, éditions France-Empire, 1985, pages 285-287.