1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
MATHIEU (Joseph) ou MATHIEU d’Epinal dit La Jambe de bois, avocat, homme politique
Epinal, 5 février 1800 - Epinal, 12 octobre 1863
Contrairement à ses frères qui, comme leur père Nicolas, sont des commerçants, Joseph Mathieu poursuit des études de droit et se fait recevoir avocat au barreau d’Epinal le 8 novembre 1830. Il est grand, le front haut avec des yeux gris, mais il est amputé de la jambe droite et utilise un pilon de bois (d’où son surnom).
D’un militantisme ardent, professant des idées communistes, il est actif. Dès 1831, il participe à la fondation du journal républicain La Sentinelle des Vosges dont il défend le gérant devant le tribunal d’Epinal. En relation étroite avec Buonarroti à Paris, il fonde à Epinal une Vente de la Charbonnerie démocratique universelle, d’où naît Les Amis de l’Homme, section vosgienne de la Société des Droits de l’Homme, présidée par Mathieu. Il tente d’amener à la Charbonnerie des sous-officiers du 7ème Dragons, en garnison à Epinal.
Lors des émeutes d’avril 1834, Mathieu est arrêté et les perquisitions domiciliaires révèlent son rôle dans la Charbonnerie. Il est emprisonné et condamné le 8 décembre 1835 à 5 ans de détention et à la surveillance perpétuelle par la haute police pour complot sontre la sûreté de l’Etat. Il est alors incarcéré à Doullens et libéré lors de l’amnistie du 8 mai 1837. Bien qu’interdit de séjour à Epinal, il y réapparaît et est condamné à 10 jours de prison une première fois, puis à 20 jours une seconde fois pour refus de partir en Suisse, mais il disparaît.
A la suite du dépôt d’une bombe chez un particulier, la police retrouve Mathieu à Paris le 29 octobre 1839, au 33 rue des Lombards ; elle y trouve le complément du matériel. En mai 1840, il comparaît devant un tribunal en compagnie de ses amis politiques vosgiens, May et Bouton, et est condamné à 3 ans de prison et 2 ans de surveillance. Transféré à Doullens, il s’évade avec plusieurs autres emprisonnés, mais est repris 5 mois plus tard et enfermé au Mont Saint-Michel où il rencontre Blanqui et Barbès. Il profite de son internement pour composer des poésies qu’il publiera en 1844 sous le titre Mes nuits au Mont Saint-Michel, d’un ton romantique et patriotique.
Grâcié le 2 juillet 1843, il recouvre la liberté et gagne Avranches, puis Vire, et enfin se fixe à Rouen. Il obtient une permission pour se rendre à Rambervillers pour régler des affaires de famille. Ses amis démocrates lui offrent le 30 juillet un banquet, puis il séjourne quelques jours à Epinal et retourne à Rouen. En 1846, il est gérant du Travailleur normand et la police le soupçonne d’être en relations avec le mouvement de la Réforme en 1847.
En 1848, il organise à Rouen la nouvelle garde mobile, puis revient à Epinal où le Comité départemental des Vosges et le Comité de Saint-Dié l’inscrivent sur la liste des candidats à la députation. Il n’est pas élu et se retrouve à nouveau dans l’opposition. Il est, avec Ballon, Legros, Dubois et Favre, à la tête des 200 ouvriers qui envahissent l’hôtel de ville et chassent les partisans de Cavaignac qui y tiennent réunion. Mathieu est aussitôt élu président du Comité central démocratique et social créé sur la place. En 1849, il est l’un des 9 candidats socialistes de la Solidarité populaire électorale des Vosges.
Arrêté le 4 décembre 1851, il est condamné à être déporté au bagne de Cayenne par la Commission mixte chargée d’anéantir toute opposition à Louis Napoléon Bonaparte. Il refuse l’amnistie de 1859 car il tient un pensionnat à Cayenne, mais revient en 1860. Il réside à Toulon puis à Paris, enfin à Epinal où il rédige un Mémoire sur la culture du coton en Guyane qui lui vaut une gratification de 300 francs de la part du préfet.
Il meurt à l’hôpital d’Epinal le 12 octobre 1863.
Oeuvres :
- Mes nuits au Mont Saint-Michel, 1844
- Aux Italiens, chants de guerre, Darnetal, 1847
- De la culture du coton en Guyane française, Epinal-Paris, 1862
- Articles dans les journaux La Sentinelle des Vosges (1831), Le Travailleur normand (1846), Le Courrier des Vosges (1863).
Bibl. : Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français 1789-1864, publié sous la direction de Jean Maitron.- Paris : Editions ouvrières, tome III, p. 64-67.
Bossu (Jean).- Mathieu d’Epinal et son temps, in Revue des révolutions contemporaines, tome XXXVII, bulletins 172 et 174.
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Albert Ronsin
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