Ernest Paul LEHR

[ Saint-Dié (88), 13/05/1835 – Lausanne (Suisse), 07/02/1919 ]

professeur d’université

Docteur en droit, jurisconsulte de l’ambassade de France à Berne. Officier de la Légion d’Honneur (1901).

Biographie vosgienne

1889 — Biographie vosgienne / Félix Bouvier

LEHR (Ernest).- Né à Saint-Dié, où son père était grand industriel, le 13 mai 1835, c’est à la fois un historien, un jurisconsulte et un numismate. Avocat à Strasbourg en 1856, il devint, en 1871, professeur de droit civil français à l’Université de Lausanne, puis, en 1874, professeur de législation comparée et d’histoire du droit. Il a publié en 1870, L’Alsace noble, livre d’or du patriciat de Strasbourg, et, en 1887, Numismatique de l’Alsace, ainsi que beaucoup d’autres travaux historiques.

1897 — Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

LEHR Paul Ernest.- Né le 13 mai 1835 à Saint-Dié, où son père Paul Lehr, connu plus tard comme traducteur des Poésies de Pfeffel, était manufacturier et conseiller général, après avoir été longtemps premier adjoint au maire.

Jurisconsulte de l’ambassade de France en Suisse ; professeur honoraire de législation comparée et d’histoire du droit à l’Université de Lausanne (Suisse).

M. Lehr a fait toutes ses études à Strasbourg. Bachelier ès lettres à 17 ans, ès sciences à 18, licencié en droit, lauréat de la faculté et avocat à 21, docteur en droit à 22, il fut attaché, peu après, à l’administration supérieure de l’Église de la Confession d’Augsbourg, dont le siège était à Strasbourg, en qualité d’abord de secrétaire général du directoire, puis de membre du consistoire supérieur. Pendant le siège de Strasbourg en 1870, M. Lehr fit son devoir à la fois comme secrétaire du comité central de secours aux blessés et comme capitaine de la garde nationale.

Après la capitulation, il se retira avec sa famille à Lausanne, où le gouvernement vaudois, après lui avoir demandé pendant quelques années des cours de droit civil français et germanique, créa pour lui, en 1874, une chaire de législation comparée. Chargé spécialement d’enseigner le droit particulier aux divers cantons de Suisse, M. Lehr fut appelé à prendre part à l’élaboration des premières lois fédérales destinées à amener l’unification du droit civil en Suisse et prépara notamment le texte français du Code fédéral des obligations. En 1884, il renonça à son enseignement actif à l’Académie ; promu à l’honorariat, il porte, depuis la conversion de l’Académie en Université (1891), le titre de professeur honoraire de l’Université. Avocat-conseil de l’ambassade de France depuis 1877, il en est devenu officiellement, par un décret de 1895, le « Jurisconsulte » attitré.

A ses étapes sur les législations civiles de la Suisse, M. Lehr se décida bientôt à ajouter l’examen, jusqu’alors à peu près inabordé en France, des principales législations civiles de l’Europe non encore codifiées ; et en vingt années de labeur assidu, il parvint à parcourir tout le cercle qu’il s’était tracé. Dans cet ordre de travaux, il a publié successivement :

- Éléments de droit civil germanique (Allemagne, Autriche, Suisse allemande), 1 vol. in-8°, Paris, 1875 ;
- Éléments de droit civil russe, 2 vol. in-8°, Paris, 1877 et 1890 ;
- Éléments de droit civil espagnol, 1re partie, 1880, 2e partie, 1890 ;
- Éléments de droit civil anglais, 1 gros vol. in-8°, Paris, 1885 ;
- Traité élémentaire de droit civil germanique, 2 vol. in-8°, 1892.

D’autre part, attaché depuis 1886 au Répertoire alphabétique général du droit, vaste encyclopédie juridique qui formera une quarantaine de volumes in-4°, il y rédige pour chaque mot une notice sur la législation civile ou pénale en vigueur dans les différents pays de l’Europe.

L’étude comparative des législations a conduit tout naturellement M. Lehr à celle du droit international ; depuis quinze ans, il la poursuit de front avec l’autre. Il fournit, tant au Répertoire général qu’à la Grande Encyclopédie de Lamirault, la plupart des articles de droit des gens et des notices sur l’organisation politique, administrative et judiciaire des divers États du globe. L’un de ces travaux, tiré à part, forme un vol. in-12 intitulé Manuel théorique et pratique des agents diplomatiques et consulaires, Paris, 1888.

M. Lehr est, en outre, un collaborateur assidu du Journal de droit international privé, de l’Annuaire de législation étrangère, de la Revue de droit international et de législation comparée et de la Revue générale de droit international public.

Parmi les autres publications juridiques de l’auteur qui ont vu le jour dans la même période, nous nous bornerons à citer :
- diverses études sur le Droit pénal de l’Allemagne, de la Russie, de l’Espagne et du Portugal ;
- La Handfeste de Fribourg dans l’Uechtland, Lausanne, 1880 ;
- une traduction française des Principes de la politique de Holtzendorff ;
- une traduction annotée du Code de commerce portugais et du Code civil de Zurich, dans la Collection des principaux codes étrangers publiée aux frais de l’État par le comité de législation étrangère près le ministère de la Justice (1889, 1890).

Avant de quitter l’Alsace et de se spécialiser dans ses études juridiques, M. Lehr avait publié une quinzaine de volumes de littérature, de généalogie et d’histoire, dont les plus importants sont :

- L’Alsace noble, 3 vol. in-4°, avec pl. et cartes, Paris, 1870 ;
- Études sur l’histoire et la généalogie de quelques-unes des principales maisons souveraines de l’Europe, 1 vol. in-4° avec pl., Strasbourg, 1866 ;
- Mélanges de littérature et d’histoire alsatique, 1 vol. in-8°, Strasbourg, 1870.

Il a marqué son passage dans l’administration ecclésiastique par un Dictionnaire à l’usage des deux Églises protestantes de France, qui a été longtemps le vade-mecum des administrations paroissiales.

Enfin, il n’a cessé de se délasser de travaux plus austères par des recherches numismatiques, dont il a consigné les résultats dans trois ou quatre volumes :
- Les Écus de cinq francs étudiés au point de vue de la numismatique et de l’histoire, Strasbourg, 1 vol. avec pl., 1870 ;
- Essai sur la numismatique suisse, Lausanne, 1875 ;
- Numismatique de l’Alsace (en collaboration avec M. A. Engel), 1 vol. in-4°, Paris, 1887, couronné par l’Académie des inscriptions ;
- Monnaies des Landgraves autrichiens de la Haute-Alsace, 1 vol. in-8°, Mulhouse, 1986.

M. Lehr est, depuis de longues années, membre correspondant d’une infinité de corps savants (Académie de Stanislas, Société industrielle de Mulhouse, Société d’Émulation des Vosges, Société de législation comparée de Paris, Académies de législation de Toulouse et de Madrid, Académie royale des sciences de Lisbonne, etc. }.

Admis en 1870 à l’Institut de droit international comme associé, il a été promu membre effectif en 1887 et appelé, en 1892, par la confiance de ses confrères, à diriger, comme secrétaire général, l’administration de cette compagnie célèbre.

Il est chevalier de la Légion d’honneur et grand officier ou commandeur de nombreux ordres étrangers.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

Paul Ernest LEHR, juriste

Saint-Dié, 13 mai 1835 – Lausanne (Suisse), 7 février 1919


[Fils de Paul LEHR (Mulhouse, 28 août 1787 – Strasbourg, 1865)].

Après ses études à Strasbourg, au lycée puis à la faculté de droit, il est inscrit comme avocat en 1856 et obtient son doctorat en droit en 1857. Il est d’abord secrétaire général de l’administration de l’Eglise de la Confession d’Augsbourg, puis il devient membre du consistoire supérieur. Après la guerre de 1870, qu’il effectue comme capitaine de la Garde nationale, il émigre avec sa famille à Lausanne où il enseigne le droit civil. En 1874 est créée pour lui une chaire de législation comparée. Il participe à l’élaboration des premières lois fédérales destinées à unifier le droit civil en Suisse. Il quitte l’enseignement en 1884. Avocat-conseil de l’ambassade de France en Suisse depuis 1877, il en devient en 1895 le jurisconsulte officiel.

Associé à l’institut de droit international en 1870, il est promu membre en 1887 et en 1892 secrétaire général.

Spécialiste incontesté de la législation internationale, il est l’auteur d’un très grand nombre d’études et de livres. Il a publié des Eléments de droit civil pour l’Allemagne (1875), La Russie (2 vol., 1877-1880), L’Espagne (1880-1890), L’Angleterre (1885). Depuis 1886 il collabore au vaste Répertoire alphabétique général du droit (40 vol.) et à la Grande encyclopédie dirigée par Ladmirault.

Il donne également un Manuel théorique et pratique des agents diplomatiques et consulaires (1888), fournit des articles à la Revue générale de droit international public, à l’Annuaire de législation étrangère, au Journal de droit international privé, à la Revue de droit international et de législation comparée.

Avant son départ d’Alsace, il s’était signalé par des travaux d’histoire : L’Alsace noble (Paris, 1870, 3 vol.), Etude sur l’histoire et la généalogie de quelques-unes des principales maisons souveraines de l’Europe (1866), Mélanges de littérature et d’histoire alsatique (1870) et un Dictionnaire à l’usage des deux Eglises protestantes de France.

Numismate très averti, il publie aussi plusieurs études sur ses recherches : L’Ecu de cinq francs (1870), Essai sur la numismatique suisse (1875), Numismatique de l’Alsace (avec Engel, 1887), Monnaies des Landgraves autrichiens de la Basse Alsace (1886).

Membre d’un grand nombre d’académies et de sociétés savantes de France et d’autres pays européens, Ernest Lehr, titulaire de nombreuses distinctions honorifiques étrangères, était chevalier de la Légion d’honneur.


Bibl. : Mossmann (X.).- Ernest Lehr, in Biographies alsaciennes (Colmar, 1889-90, t. V (n° 11).
Bouvier.- Biographie générale vosgienne, p. 455.
Jouve.- Dictionnaire biographique des Vosges.
Dossier Lehr. Manuscrits 147-148, Bibliothèque Municipale Saint-Dié.
Schoen (G.-A.).- Ernest Lehr (1835-1919), in Bulletin Société Industrielle de Mulhouse, mars 1920.


[Albert Ronsin]

Nouvelle recherche