1897 —
Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

GRATIA Louis Charles.- Né en 1815.
Rambervillers, cette petite ville des Vosges, a le droit d’être fière d’avoir vu naître dans ses murs un des enfants les plus illustres de la Lorraine. De bonne heure, son père l’emmena à Paris et le mit dans l’atelier d’Henry Decaine qui devina bientôt les aptitudes de son élève et prédit qu’il irait loin dans les arts.
L. Gratia a débuté au Salon de 1837. Depuis cette époque, tous les ans il envoya au Salon des Champs-Élysées. Citons les plus connus de ses toiles et pastels :
- M. le comte d’Eu ;
- Mme la comtesse de Solms, née Lëtitia Bonaparte ;
- La comtesse de Woldegrève ;
- John Blakwood ;
- Le colonel Donalle ;
- Le général Stuart ;
- Le capitaine de marine Belcher et le capitaine Aumanney, à la veille tous deux de partir à la recherche de Franklin ;
- Le naturaliste Verreaux ;
- Miss Carrington ;
- Lady Norreys ;
- Lord Follet ;
- Lord Willoubey, premier chambellan de la reine ;
- Mme Salomon de Rothschild et sa fille ;
- Le maréchal et la maréchale Bazaine ;
- Le général comte de Montaigu ;
- Le cardinal Lavigerie ;
- L’Homme d’arme ;
- Corsaire turc ;
- Jeune liseuse, acheté récemment par l’État, etc., etc.
Et dans presque tous les salons et galeries de nos Lorrains et Vosgiens on admire des oeuvres du maître, soit des portraits de famille, soit de ces têtes de fantaisie qui ont tant de charme, soit la tête expressive de l’auteur. Et chacun exprime tout haut le regret que le musée de Nancy ne possède pas une oeuvre de son artiste Lorrain, ce maître du pastel dont Charles Blanc, le critique par excellence, disait :
M. L. Gratia n’a point de rival dans le genre pastel ; il sait lui donner la chaleur de ton unie à la fraîcheur et au velouté des teintes, la vigueur du coloris, l’harmonie, et il en assure la durée en fabriquant lui-même ses crayons.
En 1844, il a obtenu une médaille de troisième classe, son rappel en 1861. Depuis cette lointaine époque, il est hors concours. De l’Académie de Stanislas en 1868, une première médaille et une médaille d’honneur en 1870.
Lorsque s’organisa la société des Artistes lorrains, il en fut élu président à l’unanimité. Il est membre de la société des Artistes français depuis 1882.
Il est l’auteur d’un
Traité sur le pastel qui a paru en 1890.
Jusqu’en 1848, M. Gratia habita Paris où il avait alors une très belle situation, puis la Révolution arrêtant tous les travaux, il se réfugia en Angleterre où il resta 17 ans. Meissonnier qui déplora souvent l’absence de son ami était alors bien lancé et avait de très belles relations.
De retour en France, en 1861, il habita alternativement Lunéville et Nancy. En butte aux mesquines jalousies de quelques-uns de ses contemporains qui se plaignaient qu’il vivait trop longtemps, il s’en affecta et revint à Paris où il travaille encore malgré son grand âge. Tous les artistes louent cette science profonde de dessin, ce chaud coloris, loin de baisser ses oeuvres sont de plus en plus saisissantes. Et cependant cet artiste semble aujourd’hui relégué et voué à l’oubli.
Que d’exemples de ce sort injuste qui atteint les hommes de talent qui illustrent leur époque et leur pays. On s’accorde à dire que les toiles de Gratia se vendront un jour leur pesant d’or, et il en faudrait si peu de cet or pour adoucir les dernières années de cet homme de bien et lui permettre de terminer paisiblement sa carrière.