Jules François Camille FERRY

[ Saint-Dié (88), 05/04/1832 – Paris (75), 17/03/1893 ]

avocat, homme politique

Biographie vosgienne

1879 — Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim

FERRY Jules François Camille.- Député, né à Saint-Dié le 5 avril 1832, se fit recevoir avocat à Paris en 1851, et collabora à la Gazette des Tribunaux. En 1865, il entra à la rédaction du Temps, où il se fit remarquer par sa vivacité, et traita de préférence les questions de finances. C’est ce qui l’amena à publier une brochure contre l’administration de la ville de Paris, qui dut son succès à son titre retentissant : Comptes fantastiques d’Haussmann.

En 1863, il s’était porté contre Garnier-Pagès candidat aux élections de Paris ; il retira sa candidature pour se présenter de nouveau avec plus de succès aux élections de 1869. C’est à l’état de député que le trouva la révolution du 4 Septembre, qui l’improvisa gouvernant. Il fut nommé secrétaire du gouvernement et chargé de la préfecture de la Seine. Après l’émeute du 31 octobre qui l’avait fait prisonnier, il fut délégué à la mairie centrale de Paris. Au 8 février, il fut nommé représentant par le département des Vosges.

Après la Commune, M. Thiers le nomma préfet de la Seine ; mais cette mesure souleva des réclamations qui la firent rapporter au bout de dix jours. Le 15 mai 1872, il a été nommé ministre de France à Athènes, d’où il est bientôt revenu ; il a eu à soutenir une vive polémique avec les journaux qui attaquaient sa déposition sur les événements de la Commune. M. Jules Ferry a été réélu dans les Vosges en 1876 et 1877. Il siége à la gauche, qui l’a nommé son président.

M. Jules Ferry a été nommé ministre de l’instruction publique dans le gouvernement de la nouvelle présidence Grévy.

M. Charles Ferry, son frère, né en 1833, a été, par son influence, chef du cabinet de M. Jules Favre pendant son ministère, puis préfet de Saône-et-Loire, commissaire extraordinaire en Corse, et enfin préfet à Toulouse, position qu’il a quittée à la chute de M. Thiers.

Il a épousé, au mois d’avril 1878, Mlle Allain-Targé.

1886 — Annuaire des Vosges / Léon Louis

FERRY Jules François Camille.- Né à Saint-Dié, le 5 avril 1832, conseiller général, ancien président du Conseil des ministres ; ancien ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, ancien membre et secrétaire du Gouvernement de la Défense nationale, ancien administrateur et préfet de la Seine, ancien ministre plénipotentiaire à Athènes, ancien vice-président de la Chambre des députés ; élu pour 4 ans député de l’arrondissement de Saint-Dié le 21 août 1881 contre M. Rovel (1re circonscription : cantons de Provenchères, Raon-l’Étape, Senones et 17 communes du canton de Saint-Dié : Bertrimoutier, Coinches, Combrimont, Frapelle, Laveline, Lesseux, Nayemont-les-Fosses, Neuvillers-sur-Fave, Pair et Grandrupt, Raves, Remomeix, Sainte-Marguerite, Saulcy-sur-Meurthe, Wisembach, La Voivre, Gemaingoutte, Saint-Dié rive droite).

A Paris, avenue de l’Alma, 23.

[Annuaire 1882, p. 144].

Ancien président du conseil des ministres, ancien ministre des Affaires étrangères, président du Conseil général, ancien membre et secrétaire du Gouvernement de la Défense nationale, ancien administrateur et préfet de la Seine, ancien ministre plénipotentiaire à Athènes, ancien vice-président de la Chambre des députés.

Siège à gauche.

[Annuaire 1886, p. 181].

A Paris, rue Bayard 1.

Ancien président du conseil des ministres.

Conseiller général du canton du Thillot.

[Annuaire 1890, p. 171].

Élu sénateur par 723 voix aux élections départementales du 4 janvier 1891.

Siège à gauche.

[Annuaire 1892, p. 156].

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

FERRY (Jules François Camille).- Né à Saint-Dié, où son père a été longtemps maire, le 5 avril 1832, il devint avocat à Paris en 1854 et fut mêlé à toutes les campagnes électorales dirigées contre l’Empire, notamment à la lutte électorale de 1863, qu’il a racontée dans un volume. En 1864, il fut impliqué dans le procès, dit des Treize, accusés de complot contre l’État. Rédacteur du Temps, en 1865, il y traita les questions politiques et financières et publia en 1868 une brochure, Les Comptes fantastiques d’Haussmann, contre la dilapidation des finances de la ville de Paris, brochure qui eut un grand succès. Il fonda la même année, L’Électeur libre, avec Jules Favre et Ernest Picard, et collabora activement à ce journal.

Candidat de l’opposition dans la 6e circonscription de la Seine, les 23 et 24 mai 1869, il obtint 12 916 voix contre 4 851 à Adolphe Guéroult, député sortant, et 12 470 à Augustin Cochin, candidat monarchiste. Au second tour de scrutin, après le désistement de Guéroult M. Jules Ferry fut élu député de la Seine, les 5 et 6 juin 1869, par 15 725 voix contre 13 938 à Augustin Cochin. Il occupa de suite une place importante au Corps législatif par son talent de parole et vota contre la guerre.

Le 4 septembre 1870, après le renversement de l’Empire, il devint membre du gouvernement de la Défense nationale. Délégué dans les fonctions de préfet de là Seine, puis de maire de Paris, en octobre 1870, il eut à pourvoir à l’armement de la garde nationale et à la subsistance des habitants. Lors de la tentative insurrectionnelle du 31 octobre, il lutta courageusement contre l’invasion de l’Hôtel de ville et parvint à délivrer ses collègues gardés prisonniers par les insurgés. L’insurrection du 22 janvier 1871 fut également repoussée par lui.

Aux élections générales du 8 février 1871, il ne fut pas réélu par Paris, mais il fut élu député des Vosges à l’Assemblée nationale, le 5e sur 8, par 33 439 voix. Thiers le conserva dans ses fonctions de préfet de la Seine ; le 18 mars 1871, il ne quitta l’Hôtel de ville que le dernier, après le triomphe de la Commune, et reprit ses fonctions, le 24 mai 1871, dès la rentrée des troupes dans Paris.

Le mois suivant, il donna sa démission pour se consacrer à son mandat de député. Ambassadeur de France en Grèce, le 15 mai 1872, il resta à Athènes jusqu’au renversement de Thiers, en mai 1873 ; il donna alors sa démission de ministre plénipotentiaire et vint reprendre son siège à l’Assemblée de Versailles, sur les bancs de la gauche.

Le 20 février 1876, il fut réélu député des Vosges, dans l’arrondissement de Saint-Dié, par 11 739 voix contre 6 204 à M. Paul Champy. Président de la Gauche républicaine, il prit part à plusieurs discussions importantes et fut l’un des 363 députés qui protestèrent contre l’acte du 16 mai 1877. Réélu député des Vosges par l’arrondissement de Saint-Dié, le 14 octobre 1877, avec 13 208 voix contre 8 686 à M. de Ravinel, il montra la plus grande énergie contre les essais de résistance du ministère de Broglie.

C’est à cette époque que commença le grand rôle politique de M. Jules Ferry. Après la démission du maréchal de Mac-Mahon comme Président de la République, il fit partie du premier cabinet formé par M. Jules Grévy, le 4 février 1879, comme ministre de l’instruction publique et des beaux-arts et maintenu en décembre suivant dans le cabinet Freycinet. Il déploya dans ce poste une activité et une volonté exceptionnelles et réussit en quelques mois à introduire des réformes depuis longtemps demandées dans l’enseignement supérieur et secondaire, aussi bien que dans l’enseignement primaire.

L’article 7 d’un de ses projets de loi, qui interdisait le droit d’enseigner aux membres des congrégations religieuses non reconnues par la loi, a donné lieu à de vifs débats. Adopté par la Chambre des députés, le 9 juillet 1880, il fut finalement rejeté par le Sénat. Le 23 septembre 1880, lors de l’exécution des décrets contre les congrégations et la retraite de M. de Freycinet, M. Jules Ferry devint président du conseil des ministres, tout en gardant le portefeuille de l’instruction publique et des beaux-arts. C’est sous son ministère que fut entreprise et terminée l’expédition de Tunisie, qui souleva de vives critiques et amena sa retraite du ministère en novembre 1881.

Entre temps, M. Jules Ferry avait été réélu député des Vosges, le 21 août 1881, par la 1ère circonscription de l’arrondissement de St-Dié, récemment scindé, avec 7 331 voix, contre 1 231 au commandant Rovel.

Après la chute rapide du cabinet Gambetta, M. Jules Ferry reprit, le 30 janvier 1882, le ministère de l’instruction publique, et y poursuivit sa tâche en créant l’obligation, la laïcité et la gratuité de l’instruction primaire et en instituant dans les écoles l’enseignement moral et civique. M. Jules Ferry quitta de nouveau le ministère en août 1882. Mais, dès le 21 février 1883, il redevenait président du Conseil et ministre de l’instruction publique ; le 2 novembre 1883, il devenait ministre des affaires étrangères, tout en restant président du Conseil. C’est pendant ce ministère que fut engagée l’expédition du Tonkin, qui fut dès le début impopulaire et provoqua fréquemment les plus violentes récriminations, auxquelles M. Jules Ferry tint tête avec sa ténacité et sa vigueur habituelles. La nouvelle de la retraite de Lang-Son, publiée sans précautions, amena, le 30 mars 1885, le renversement du cabinet Jules Ferry, après plus de deux ans d’existence.

Aux élections générales du 4 octobre 1885, au scrutin de liste, il fut réélu député des Vosges, le 5e sur 6, par 45 164 voix.

M. Jules Ferry est en outre, depuis le 8 octobre 1871, conseiller général des Vosges pour le canton du Thillot, qui l’a réélu en 1874, en 1880 et en 1886. Il est, depuis 1880, président du Conseil général.

M. Jules Ferry a failli être victime, le 10 décembre 1887, d’un odieux attentat commis par une sorte de maniaque nommé Aubertin, qui tira sur lui, dans les couloirs de la Chambre des députés, trois balles de revolver, dont deux le blessèrent légèrement.

Quelques jours auparavant, le 3 décembre 1887, la candidature de M. Jules Ferry à la présidence de la République, posée par un grand nombre de membres du Parlement, réunit beaucoup de voix contre les candidatures de MM. Sadi-Carnot, de Freycinet, Henri Brisson, du général Saussier, et du général Appert. Au second tour de scrutin, M. Jules Ferry se désista en faveur de M. Carnot, qui fut élu président de la République par 616 suffrages.

La parole de M. Jules Ferry, d’une clarté parfaite, correcte, chaleureuse, précise, élégante, parfois agressive, s’élève souvent aux hauteurs de la grande éloquence ; ses derniers discours, notamment, renferment des passages absolument remarquables tels que celui qu’il prononça à l’Association vosgienne de Paris, au banquet du 11 janvier 1888, après l’attentat d’Aubertin ; sa parole émue, ardemment patriotique, transporta les auditeurs, sans distinction d’opinion ; il en est de même du beau discours qu’il prononça, le 3 mars 1888, sur la tombe du sénateur N. Claude, à Saulxures.

Le portrait de M. Jules Ferry par Léon Bonnat, une des plus belles oeuvres de l’éminent maître, a été au Salon de 1888.

1897 — Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

FERRY Jules François Camille.- Il était président du Sénat, du conseil général des Vosges et de l’Association nationale républicaine, lorsqu’il mourut à Paris le 18 mars 1893. Né à Saint-Dié le 5 avril 1832, ses ancêtres originaires d’Anould, dans le canton de Fraize, étaient de modestes paysans. Ils vinrent s’établir à Saint-Dié où, par la suite, ils occupèrent une place importante dans la bourgeoisie. Propriétaires d’une fonderie de cloches, ils furent les fournisseurs attitrés de l’abbaye de Saint-Dié. Presque toutes les cloches des églises environnantes sortirent de leurs ateliers. Son grand-père abandonna la direction de ces établissements pour se livrer à la fabrication des tuiles. Son père, Charles Édouard, après s’être fait recevoir avocat, vint s’inscrire au barreau de Saint-Dié où il obtint une réputation justement méritée. Membre du conseil général des Vosges, il fit une opposition très vive au ministère Guizot. Devenu veuf en 1836, épuisé par la longue lutte politique qu’il venait de soutenir, il donna sa démission d’avocat pour se consacrer à l’éducation de ses deux fils : Jules et Charles. En 1846, il quitta Saint-Dié pour demeurer à Strasbourg. D’une grande intelligence et travailleur assidu, M. Jules Ferry passa son baccalauréat en 1848 et fut reçu avec éloges. Au collège, il obtint presque tous les prix des classes de rhétorique et de philosophie. Il suivit les cours de la faculté de droit de cette ville puis il vint à Paris en 1850 et fut reçu licencié l’année suivante.

De 1850 à 1854, il fit, sous la direction d’habiles maîtres, de sérieuses études de peinture, et, en 1853, à la suite d’un séjour qu’il fit à Venise, en compagnie de son frère, il fut sur le point d’abandonner le droit pour se livrer à sa passion favorite. Inscrit au barreau de la cour d’appel de Paris, depuis le 20 décembre 1851, la place importante qu’il sut s’y créer, le décida à continuer cette carrière. Nommé secrétaire de la conférence des avocats de 1854 à 1855, il fut chargé de prononcer le discours de rentrée. Le thème qu’il choisit traitait De l’influence des idées philosophiques sur le barreau du XVIIIe siècle. Élu plusieurs fois président de la conférence Molè, M. Jules Ferry organisa chez lui des réunions auxquelles prirent part tous les hommes qui ont depuis marqué dans la politique.

Après avoir plaidé dans quelques affaires civiles, ne trouvant pas dans la pratique du droit l’occasion de se distinguer et propager ses idées libérales, il ne tarda pas à quitter la barre pour se vouer corps et âme à la politique. A partir de ce moment, sa vie entière fut consacrée au service du pays ; elle a été, durant trente années, intimement liée aux crises intérieures et extérieures subies par notre politique. Il entra dans le journalisme et fut successivement rédacteur, à La Presse d’Émile de Girardin, au Courrier de Paris de Clément Duvernois et au Temps de Nefftzer. Il fit paraître dans la Gazette des Tribunaux d’intéressants comptes-rendus des grands procès civils.

Aux élections législatives de 1863, M. Jules Ferry, un moment candidat à Paris, se désista en faveur de Garnier Pagès. Après une campagne très mouvementée, dont il a consigné les différentes phases dans un volume qui fut publié sous le titre de La Lutte électorale en 1863, M. Garnier Pagès, candidat de l’opposition, fut élu. A la suite de la réunion électorale qui eut lieu chez ce dernier, le dimanche précédant son élection (11 mars 1864) les treize organisateurs de cette réunion furent poursuivis sous la prévention d’appartenir à une association non autorisée. La défense des prévenus fut présentée par tout ce que le barreau comptait de plus illustre comme avocats. M. Jules Ferry eut Berryer. Malgré les éloquentes plaidoiries de leurs défenseurs, ils furent condamnés pour délit d’association illicite, solidairement à 500 francs d’amende et aux dépens. Ils voulurent rappeler l’affaire devant la Cour, mais leur appel fut rejeté.

Les représailles exercées contre les journaux obligèrent M. Jules Ferry à modérer la violence de ses articles. Néanmoins, il fit paraître dans Le Temps, principalement contre l’administration de la préfecture de la Seine, une série d’articles incisifs auxquels le ministre de l’intérieur ripostait par d’incessants communiqués qui formèrent le sujet du volume Les Comptes fantastiques d’Haussmann et contribua fortement à jeter le discrédit sur le système gouvernemental de l’Empire.

En 1869, alors que les bases de l’Empire menaçaient déjà de s’écrouler devant l’agitation des partis de l’opposition, Jules Ferry fut élu député de la Seine au Corps législatif. Il devint l’un des membres les plus écoutés de ce parti. Il prit plusieurs fois la parole pour réclamer la liberté municipale au profit de la ville de Paris, il s’éleva contre les pratiques de la candidature officielle ; demanda la dissolution du Corps législatif qui, selon lui, ne représentait plus le pays depuis les remaniements introduits dans la constitution impériale. Il eut souvent l’occasion de lutter contre le chef du cabinet : M. Émile Ollivier, ministre de la justice. Ainsi que toute l’opposition, il lutta contre la déclaration de guerre à la Prusse.

Membre du gouvernement provisoire de la Défense nationale, avec toute la députation de Paris, lors de la chute de l’Empire, il en fit partie d’abord comme secrétaire (5 septembre), puis il eut pour mission de diriger des services administratifs de la préfecture de la Seine. Il reprit à la tête de quelques centaines de gardes nationaux et de mobiles bretons, l’Hôtel-de-Ville qui était au pouvoir des émeutiers et délivra les autres membres du gouvernement qui y étaient retenus prisonniers (31 octobre). Pendant le siège, il fut plus spécialement chargé du service du ravitaillement et s’acquitta de cette tâche avec la plus grande impartialité.

Aux élections législatives de février 1871, le département des Vosges l’envoya siéger à l’Assemblée nationale. M. Jules Ferry donna alors sa démission de membre du gouvernement de la Défense nationale, mais il ne donna effectivement sa démission que le 18 mars. Ce jour-là, il resta à l’Hôtel-de-Ville jusqu’à neuf heures du soir. Les troupes s’étant retirées et toute résistance paraissant impossible, il se replia sur la mairie du Louvre où il essaya de réunir les maires de Paris. Quelques-uns seulement répondirent à son appel. Vers minuit, une bande d’insurgés ayant envahi la place Saint-Germain-l’Auxerrois, il dut se réfugier chez un ami où il passa la nuit et quitta la capitale le lendemain pour rejoindre le gouvernement à Versailles, où il s’était transporté.

Après la pacification de la Commune, M. Thiers, président de la République, le nomma préfet de la Seine (26 mai), mais M. Jules Ferry donna sa démission le 5 juin suivant et fut remplacé par Léon Say. Le 8 octobre de la même année, il fut élu membre du conseil général des Vosges. A l’Assemblée Nationale, il vota contre l’abrogation des lois d’exil ; contre la pétition des évêques ; pour le retour de l’Assemblée à Paris et contre le maintien des traités de commerce. A la suite de sa déposition devant la commission d’enquête sur l’insurrection du 18 mars, toutes les feuilles de la presse réactionnaire publièrent contre lui de violents articles auxquels il dédaigna de répondre.

Il entra dans la diplomatie le 15 mai 1872, en qualité de ministre de France à Athènes, et eût la satisfaction de terminer les différends qui existaient entre la France, l’Italie et la Grèce, au sujet des mines du Laurium. A la chute de Thiers, le 24 mai 1873, il donna sa démission et reprit se place à l’Assemblée Nationale. Il s’y fit remarquer par son opposition aux membres du gouvernement qui désiraient vivement le retour de l’ancien régime. Plusieurs fois élu vice-président de cette Assemblée, il fut choisi par la gauche républicaine, comme chef de ce groupe. Réélu dans l’arrondissement de Saint-Dié lors des élections législatives du 20 février 1876, il la gauche reprit sa place à la présidence de de la gauche républicaine. Dans le cours de cette session, il fut chargé du rapport sur le projet de loi d’organisation municipale ; vota l’amnistie entière et intervint dans plusieurs discussions importantes.

Il épousa, le 24 octobre 1876, Mlle Risler-Kestner.

Au Seize Mai, il s’associa à la protestation des Gauches contre le nouveau gouvernement de combat et prit une part brillante à la discussion qui eut lieu à la Chambre, sur la politique du cabinet de Broglie-Fourtou. Il fut naturellement un des 363 députés qui votèrent l’ordre du jour de blâme qui eut pour conséquence la dissolution de la Chambre et donna lieu à de nouvelles élections où M. Jules Ferry fut de nouveau choisi par son arrondissement pour le représenter à cette Assemblée (14 octobre 1877). Il monta à la tribune dès la réunion du nouveau Parlement pour flétrir les actes du ministère avant et pendant les élections. Il vota l’enquête demandée par la Gauche (15 novembre) et l’ordre du jour de défiance contre le cabinet extraparlementaire du général de Rochebouët (24 novembre). Il présida la commission du tarif général des douanes.

Le parti républicain se trouvant enfin en majorité dans les deux Chambres à la suite du renouvellement triennal du Sénat, le 5 janvier 1879, M. Jules Ferry fit adopter un ordre du jour invitant le ministère Dufaure à procéder à l’épuration du personnel administratif et judiciaire (20 janvier). Le ministère se retira devant le vote de la Chambre qui lui refusait sa confiance. Cette démission fut bientôt suivie de celle du président de la République, le maréchal de Mac-Mahon (30 janvier).

Élu à la présidence par le Congrès de Versailles, M. Jules Grévy chargea M. Waddington de former un nouveau cabinet. Celui-ci confia à M. Jules Ferry le portefeuille de l’instruction publique (4 février). Il apporta, dans ses nouvelles fonctions, d’importantes réformes administratives. Il sépara la direction de l’instruction publique de celle des Beaux-Arts et confia cette dernière à un sous-secrétaire d’État. Il déposa à la Chambre deux projets de loi. Le premier portant modification du conseil supérieur de l’instruction publique et des conseils académiques, éliminait de ce premier conseil les influences religieuses qui y prédominaient auparavant.

Dans le second, il faisait entrer les représentants des assemblées départementales ou municipales qui participaient aux dépenses de l’enseignement. Le premier projet fut voté sans trop de résistance, mais le second qui restituait à l’État la collation des grades, interdisait aux établissements libres de prendre le titre d’Université, forçait leurs élèves à prendre deux inscriptions dans les facultés de l’État, abolissait les jurys mixtes et déclarait enfin impropre à participer à l’enseignement public ou libre et à diriger un établissement quelconque, tout membre d’une congrégation religieuse non autorisée. Après dé violentes discussions, ce projet fut enfin voté par la Chambre au mois de mai 1879, mais il échoua au Sénat. Malgré cet échec, il subit sa pleine et entière exécution. A la suite de la démission du ministère Freycinet qui avait succédé le 29 décembre 1879 au cabinet Waddington, M. Jules Ferry fut chargé de la formation du nouveau ministère dont il eut la présidence, tout en conservant le portefeuille de l’instruction publique (23 septembre 1880).

Son premier acte fut de déposer à la Chambre le projet de loi consacrant les principes d’obligation et de gratuité, réorganisait complètement l’enseignement primaire. Ce fut la base des lois scolaires de la République qui, d’après de nombreux et intéressants débats, fut votée à la Chambre le 24 décembre 1880 et au Sénat au mois de mars 1882, à plus d’une année d’intervalle, à cause de l’opposition des groupes de la Droite et du Centre.

Le 20 novembre 1883, M. Jules Ferry échangea son portefeuille contre celui des Affaires étrangères, vacant par suite de la démission de M. Challemel-Lacour, motivée par les évènements du Tonkin qui devenaient de plus en plus inquiétants. Le traité franco-annamite de 1874 qui nous concédait des droits sur le Tonkin fut contesté par l’empereur d’Annam. Les hésitations du gouvernement français menaçaient de nous faire perdre de notre influence et de notre prestige en Extrême-Orient. Sous son habile direction, il sut faire reprendre à la France, tenue à l’écart depuis les évènements de 1870, son rang parmi les principales puissances de l’Europe. A cet effet il demanda aux Chambres un crédit de cinq millions et demi pour l’envoi d’un corps d’occupation de 4 000 hommes, appuyé d’un cuirassé avec quelques canonnières. Cette demande fut accordée le 15 mai. Le 26 du même mois, on apprenait la mort du commandant Rivière, tué le 19 par des Pavillons-Noirs dans une sortie malheureuse. Les succès du corps expéditionnaire obligèrent la cour d’Annam à faire sa soumission (25 août) ; la Chine avait précédemment (11 mai) signé les conventions à Tien-Tsin. Ces conventions mal interprétées eurent pour conséquences l’affaire de Bac-Lé où le colonel Duguenne qui devait occuper Lang-Son, se trouva aux prises, le 24 juin, avec les troupes chinoises et fut forcé de se replier. Encouragée par ce dernier succès, la Chine repousse, le 12 juillet, l’ultimatum qu’on lui avait envoyé.

Les hostilités continuent. L’Amiral Courbet commandant en chef, fait bombarder Kelung le 5 août, puis Foutchéou le 29. La Chine organise deux armées sur la frontière du Tonkin et résiste à Kelung à l’occupation de Formose.

Au Tonkin, malgré l’appui qu’elle rencontre parmi les Pavillons-Noirs, elle ne peut arrêter la marche victorieuse des troupes placées sous les ordres du général Brière de l’Isle. Lang-Son est occupé par nos troupes le 13 février 1885. L’Empire Céleste, impuissant sur terre et sur mer, s’avoue vaincu et s’apprête à traiter quand on apprit à Paris la nouvelle de l’échec de nos troupes à la Porte de Chine, l’évacuation de Lang-Son, la blessure du général de Négrier et la retraite du colonel Herbinger. La dépêche du général Brière de l’Isle eut pour résultat d’affoler tout le monde à Paris, tandis qu’avec un peu plus de calme on aurait vu que le commandant en chef du corps expéditionnaire, mal renseigné, craignait une invasion du Delta tonkinois alors que les Chinois, après l’affaire de Lang-Son, battaient en retraite vers leurs cantonnements.

Le gouvernement demanda à la Chambre un crédit de 200 millions pour continuer les opérations que les récents évènements rendaient nécessaires, mais celle-ci le refusa par 310 voix sur 475 votants. Le ministère Ferry se retira devant l’opposition de la Chambre. Deux jours après on apprenait que le Fsougly-Amen avait accepté un traité par lequel la Chine nous abandonnait le Tonkin et reconnaissait notre protectorat sur l’Annam.

Pendant que se succédaient les évènements d’Extrême-Orient, la France se trouvait engagée avec la Tunisie, Madagascar et le Congo. La Tunisie fut placée sous notre protectorat malgré les menées du colonel italien, M. Maccio, qui, obéissant aux ordre de son gouvernement, parvint, à force d’intrigues, à obtenir du bey d’importantes concessions au profit de ses compatriotes, en même temps qu’il favorisait, en sous main, le mouvement anti-français qui progressait d’une façon inquiétante pour nos nationaux. Le gouvernement beylical hésitent à prendre les mesures nécessaires pour faire respecter nos frontières et droits, la France forcée d’agir elle-même, fit voter par les Chambres un crédit de six millions ainsi que la formation d’un corps expéditionnaire. Celui-ci divisé en trois colonnes, dont deux sous les ordres du général Forgemol, furent chargés d’opérer dans la Kroumirie, tandis que la troisième, dirigée par le général Bréart, débarqua à Bizerte, et marcha de là à Tunis. Grâce à une marche rapide, le bey signait le 12 mai 1881, au Bardo, une convention par laquelle il admettait notre protectorat sur son territoire et confirmait ces conventions par le traité de Kassar-Saïd. Le corps expéditionnaire fut alors disloqué ; il ne resta plus dans les principales villes du Tell tunisien qu’un corps d’occupation de 12 000 hommes.

A la suite d’une tentative de soulèvement provoqué dans les campagnes du Sud-Oranais par l’arabe Ali-Ben-Kalifa qui prêchait partout la guerre sainte, une nouvelle démonstration militaire s’imposa. Les crédits nécessaires pour terminer cette campagne dont les débuts avaient été couronnés de succès, furent demandés en même temps que ceux pour le Tonkin et subirent le même sort.

Les opérations militaires que fit en 1882 le commandant Le Timbre, dans le but de faire respecter notre drapeau à Madagascar, provoqua l’envoi à Paris, d’une ambassade hova. Les négociations n’ayant pas abouti, le contre-amiral Pierre et, successivement les contre-amiraux Galiber et Miot, furent chargés de continuer les hostilités. Un traité fut enfin signé le 15 décembre 1885.

Au Congo, les affaires menées avec la plus extrême vigilance par M. de Brazza, soutenu par le cabinet Ferry, acquirent à la France un vaste domaine colonial dans l’Afrique centrale. En dehors de la politique coloniale, la loi sur la relégation des récidivistes ; celle sur les syndicats professionnels ; sur le remaniement du personnel de la magistrature ; celle supprimant les sénateurs inamovibles et enfin la loi municipale, furent votées sous son Ministère.

Le 4 octobre 1885, M. Jules Ferry fut réélu député de l’arrondissement de Saint-Dié. Il se tint en dehors de l’agitation politique du moment et ne monta à la tribune que lors de la discussion du budget de l’Instruction publique. Ce fut lui qui dénonça le premier les menées des partis qui se cachaient derrière le général Boulanger dont le but était le renversement de la République au profit d’un des régimes disparus. Il flétrit la politique de ce général et le surnomma le Saint-Arnaud de café-concert. Le général envoya des témoins mais ceux-ci ne purent s’entendre sur les conditions d’une rencontre et l’affaire n’eut pas de suites.

Le 3 décembre 1887, à la suite de la démission de M. Jules Grévy, président de la République, M. Jules Ferry, candidat à la présidence, obtint ,aux scrutins préparatoires : 200, 216 et 179 voix. Aux élections définitives, il lui fut attribué 212 voix contre 303, à M. Sadi Carnot ; il se désista aussitôt en faveur de ce dernier qui fut élu par 616 suffrages.

Le 10 du même mois,, il fut appelé dans la salle des Pas-Perdus de la Chambre des députés par un nommé Aubertin qui, sitôt qu’il se fut trouvé en sa présence, lui déchargea trois coups de revolver. Deux balles seulement l’atteignirent sans lui faire de blessure pénétrante. La première l’avait frappé à la partie antérieure gauche de la poitrine, entre le quatrième et le cinquième espace intercostal, à la hauteur de l’orifice aortique. Elle avait déterminé une plaie contuse, de forme arrondie, avec ecchymose étendue. La seconde balle avait contourné, à la hauteur des deux dernières côtes, le flanc droit. Toutes deux ne présentaient aucun danger et on put croire, au premier abord, que tout se bornerait à l’émotion ressentie. Il reçut lui-même, une heure après l’évènement, les témoignages de sympathie des principaux membres de tous les partis.

Aux élections législatives de 1889, il se porta dans la première circonscription de Saint-Dié, mais il échoua contre la candidature boulangiste du commandant Picot. Cette élection ayant été invalidée, M. Jules Ferry ne se représenta pas aux élections complémentaires. Il ne revint sur la scène politique qu’après les élections sénatoriales du 4 janvier 1891. Élu sénateur par le département des Vosges, il se fit remarquer dans cette Assemblée par ses discours tous d’un grand intérêt. Il fut nommé président de la Commission des douanes de l’Algérie. Il fit, avec la commission sénatoriale, un séjour de trois mois dans cette colonie à la suite duquel il écrivit un remarquable rapport.

Élu président du Sénat le 24 février 1893, en remplacement de M. Le Royer, il allait reprendre sa place dans la politique lorsqu’il succomba le 18 mars suivant des suites d’une affection cardiaque provoquée par l’attentat d’Aubertin.

A cette nouvelle, la presse française et étrangère rendit unanimement hommage à la mémoire de ce grand politicien, Sa ville natale tint également à l’honorer et fit ériger sa statue. L’inauguration de ce monument eut lieu officiellement le 26 juillet 1896, en présence de M. Méline, président du conseil des ministres et de nombreuses autorités civiles et militaires.


1951 — La Liberté de l’Est

Pour les Vosgiens,
Jules Ferry est resté l’enfant du pays
plutôt que l’homme célèbre


Il arrive que des grands noms se taisent. L’Histoire leur accorde le droit de se faire entendre pendant un certain temps, puis elle bouscule les événements sur les illustrations du passé, si glorieuses fussent-elles, et les visages anciens s’effacent derrière les visages nouveaux.

Non pas qu’il faille juger ainsi de la postérité de Jules Ferry ! Son œuvre gigantesque – que nous n’avons pas ici la prétention de présenter – est de celles qui ont marqué au-delà de leurs frontières d’origine, au-delà aussi des frontières du temps.

Son nom est dans les premiers manuels scolaires, sur des monuments, à l’entrée des rues, dans des milliers de volumes, dans les archives du gouvernement. Il présente un célèbre homme d’État, un grand citoyen, un magnifique orateur, un créateur… Jamais plume ne fut gênée par une telle abondance de désignations !

Mais de ce souvenir qui fut au lendemain de la mort de Jules Ferry, discuté, adopté, glorifié, il ne restait que des témoins muets. Il semble aujourd’hui qu’on veuille leur redonner la parole ; ce ne sera jamais que pour dresser une nouvelle fois la silhouette de ce prodigieux homme d’État dont l’œuvre ne peut être résumée tant elle est vaste. À Saint-Dié, sa ville natale, il existe une autre silhouette de Ferry qui, elle, n’a jamais connu d’éclipses.

Nous répondons : il fut Vosgien

Imaginez un étranger à notre département, posant la question suivante à l’un de nous : Jules Ferry… Quel homme présenteriez-vous parmi tous ceux qu’il fut ? Nous lui répondrions : il fut Vosgien.

Car s’il est permis de mal connaître la vie politique, d’avoir oublié la vie créatrice du citoyen glorieux, il n’est pas d’exemple qu’un Vosgien ait ignoré qu’il avait en lui le plus fidèle des compatriotes. Souvenons-nous de ce qu’il écrivait lui-même, disant envier le sort de ces cultivateurs robustes et paisibles comme leur attelage, soupirant de laisser sa maisonnette de Saint-Dié, pour se livrer au grand engrenage de la politique qui va reprendre mon cerveau, ma chair et mon sang.

La mort devait lui rendra jamais ses horizons qu’il évoquait avec mélancolie dès qu’il s’en trouvait éloigné. Si la maisonnette de Saint-Dié ne put que servir aux vivants, la tombe dont il avait précisé l’emplacement sert pour l’éternité le vœu du vivant :

Je désire reposer dans la même tombe que mon père et ma sœur, en face de cette ligne bleue des Vosges d’où monte jusqu’à mon cœur fidèle la plainte touchante des vaincus.

Ces lignes sont dans les dernières de son testament. Saint-Dié a comblé le vœu qu’elles exprimaient. Les deux guerres qui ont déchiré la ville, les incendies qui l’ont détruite ont épargné la presque totalité des souvenirs laissés par Jules Ferry et sa famille. Les graves soucis qui ont frappé la population n’ont pas émoussé le souvenir de cet illustre compatriote.

Les petits souvenirs aident à perpétuer le souvenir

Les souvenirs, ce sont les objets des plus insignifiants aux plus précieux qui ont servi à composer son décor, partout où il est passé. Ils sont réunis à Saint-Dié dans un pavillon voisin de la bibliothèque municipale, derrière l’église Saint-Martin, mêlés à tous ceux qui ont appartenu à sa famille.

Le foyer des Ferry apparaît tel un musée. On s’étonne de lui trouver quelque chose de moins froid, de moins austère, lorsque la porte s’ouvre sur le domaine qui abrite de vieilles choses fanées… Présence des photographies peut-être ?... Les portraits tapissent les murs et nous retrouvons là tous les visages qui animèrent jadis un foyer vivant. Est-il besoin de préciser que celui de Jules Ferry y est le plus souvent répété et pas toujours comme on a coutume de le connaître ? L’homme d’État est grand dans un médaillon, mais il y a aussi le Vosgien perdu au milieu d’un groupe de parents et d’amis sur le balcon du bois de La Tuilerie.

Parmi tous les diplômes, jaunis malgré le verre qui les préserve, il en est un beaucoup plus petit que les autres, modeste : il porte le nom du collège de Saint-Dié : Distribution solennelle des prix pour 1845. Prix d’instruction morale et religieuse décernée à l’élève Jules Ferry. Il avait à ce moment-là 13 ans.

Sur le mur du fond, on a déployé une immense tente marocaine du XIIIe siècle dont les ors ternis ajoutent au charme un peu vieillot de l’endroit. Elle est recouverte de sabres et d’épées, de pistolets, de rubans, de médailles et de vitrines renfermant quelques lettres écrites par celui qui demeure le plus glorieux des fils de Saint-Dié.

Nous trouvons, associé au nom des grandes villes de Grèce où le père de son neveu Abel se trouvait, celui du chef-lieu des Vosges, pour nous prouver que Jules Ferry revenait toujours vers son pays natal, même lorsqu’il écrivait des phrases superbes sur les lieux orientaux : Mon petit Abel… Ton papa dit qu’il va très bien, ce qui m’a fait un grand plaisir parce qu’il avait quitté Épinal un peu fatigué.

Les bijoux de famille ne sont pas oubliés. Quoi encore ? Cette riche salle arabe offerte en cadeau, un vaste bureau noir duquel sont partis des pages immortelles, autant de témoins que nous ne pouvons [regarder] sans une certaine émotion, témoins que les visiteurs les plus divers viennent voir en passant.

À Saint-Dié, on ne fait pas que passer auprès de Jules Ferry. Il s’agit moins d’une rencontre que d’une constante présence et le nom qui aujourd’hui se trouve prononcé par l’actualité, n’a jamais quitté les murs de la petite ville des Vosges. Il semble qu’on le retrouve parmi tous ses bruits coutumiers, comme un murmure continu, le même demain que celui d’hier.

Il fut Vosgien, dirions-nous, avant de penser à répondre : il fut président du Sénat, président du Conseil des ministres, ancien membre du gouvernement de la Défense nationale, etc. c’est peut-être parce que lui-même voyait en cela un titre aussi glorieux que tous les autres.

Partout où nous irons ici à la rencontre de Jules Ferry, nous apprendrons qu’il avait raison d’en être fier, car sa terre natale, par-delà les défaites ou les victoires qu’il a connues vivant ou mort, n’a jamais cessé de lui être fidèle.

(A suivre).

Yolande Thiriet.


[La Liberté de l’Est, mi 1951]

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

FERRY (Jules-François-Camille), avocat, homme politique
Saint-Dié, 5 avril 1832 - Paris, 17 mars 1893


Jules Ferry. Jules Ferry naît à Saint-Dié le 5 avril 1832 de Charles Édouard Ferry, avocat, et de Adèle Jamelot.

D’abord élève au collège de Saint-Dié jusqu’en 1846, puis au lycée de Strasbourg, il est à partir de 1850 étudiant à la faculté de droit de Paris. Il devient un avocat réputé, passionné par la politique. Il est vite spécialisé dans la défense juridique des républicains. Il collabore régulièrement aux journaux suivants : La Presse, Le Courrier de Paris, Le Temps, L’Électeur libre.

Opposant actif à l’Empire, il connaît la notoriété en publiant en 1868 une brochure accusatrice contre le préfet de la Seine : Les Comptes fantastiques d’Haussmann. Il est élu député républicain de la 6° circonscription de Paris en juin 1869. Le 4 septembre 1870, il devient membre du gouvernement de la Défense Nationale et, le 6 septembre 1870, délégué du gouvernement à l’administration du département de la Seine, puis maire de Paris du 16 novembre 1870 au 18 mars 1871. A ce poste, il a la charge d’assurer le ravitaillement de Paris assiégé par l’armée prussienne. Les restrictions alimentaires qu’il lui faut imposer lui valent le surnom de Ferry-Famine.

Aux élections du 8 février 1871, il se fait élire représentant des Vosges à l’Assemblée Nationale et il sera réélu député de la circonscription de Saint-Dié le 20 février 1876. Il conservera son siège jusqu’aux élections législatives de 1889.

Il est nommé par Thiers ambassadeur de France à Athènes en 1872. Lorsque celui-ci est contraint à démissionner le 24 mai 1873, Jules Ferry abandonne son poste et revient en France reprendre son siège de député. Il est nommé ministre de l’Instruction publique dans le cabinet Waddington du 4 février 1879 au 23 septembre 1880. Il attache son nom aux lois scolaires. Premières mesures :
- collation des grades universitaires retirée à l’enseignement privé (Loi du 12 mars 1880) ;
- dispersion des congrégations religieuses non autorisées (Décret du 29 mars 1880).

Président du Conseil du 23 septembre 1880 au 10 novembre 1881, il poursuit la mise en place des lois sur l’enseignement :
- gratuité de l’enseignement primaire (Loi du 16 juin 1881) ;
- extension aux jeunes filles du bénéfice de l’enseignement secondaire d’état (Loi du 21 décembre 1880).

Dans le même temps, il soutient l’expédition militaire en Tunisie : le protectorat français est imposé à la Tunisie par le traité du Bardo (12 mai 1881). De nouveau ministre de l’Instruction publique du 31 janvier au 29 juillet 1882 dans le cabinet présidé par Freycinet, il continue son oeuvre scolaire :
- loi relative à la laïcité et à l’obligation de l’enseignement (Loi du 28 mars 1882) ;
- création d’une École normale féminine à Sèvre et d’une agrégation féminine (Décret du 13 juillet 1880).

Président du Conseil pour la deuxième fois, du 21 juillet 1883 au 30 mars 1885, il travaille surtout à la politique d’expansion coloniale : occupation de Tamatave et Diego Suarez pour assurer la défense des intérêts français à Madagascar en 1883, soutien de l’expédition de Savorgnan de Brazza dans le Bas-Congo (droit de préemption sur le Congo au bénéfice de la France en avril 1884), renforcement de la présence française au Sénégal, 1883, protectorat sur la Guinée et sur l’Annam 1883. Il fait voter par la Chambre, le 29 décembre 1884, les crédits nécessaires à la conquête du Tonkin, l’un des débouchés du marché chinois. L’extension du conflit à la Chine et spécialement l’annonce de l’évacuation de Lang-Son déclenchent une violente opposition parlementaire et provoquent sa chute le 30 mars 1885. Très hostile aux menées du général Boulanger dès 1886, Jules Ferry connaît alors une vague d’impopularité en France et il échoue aux élections pour la désignation du président de la République en décembre 1887. Il est victime d’un attentat fomenté par l’extrême droite le 10 décembre.

Aux élections législatives du 22 septembre 1889, il est battu par Ernest Picot, mais il devient sénateur des Vosges le 4 janvier 1891 et est porté à la présidence du Sénat le 20 février 1893.

De 1871 à 1893, élu dans le canton du Thillot, il est conseiller général des Vosges et assure la présidence du Conseil Général des Vosges de 1880 à 1892.

Lorsqu’il meurt le 17 mars 1893, le gouvernement décide de lui faire des funérailles nationales à Paris et à Saint-Dié, face à la ligne bleue des Vosges.

Le 8 juillet 1875, en même temps que le célèbre Émile Littré, il fut initié à la franc-maçonnerie dans la loge de la Clémente Amitié à Paris.

Le 24 octobre 1875, il avait épousé Eugénie Risler, née à Thann au sein d’une famille de riches industriels alsaciens. Le jeune couple acquiert à Saint-Dié un chalet à Foucharupt,au pied de la montagne Saint-Martin, en 1877, où il réside durant les vacances parlementaires. Mme Eugénie Jules-Ferry, à sa mort en 1920, a légué à la Sorbonne le cabinet de travail parisien et les archives politiques de Jules Ferry. Le mobilier et les documents sont conservés à Saint-Dié à la bibliothèque et au musée depuis 1955.

Ouvrages publiés :
De l’influence des idées philosophiques sur le Barreau, 1855.
La Lutte électorale en 1863, Paris, 1863.
Du déclassement des routes départementales et de ses conséquences, 1871.
Les Affaires de Tunisie, 1882.
Le Tonkin et la mère patrie, 1890.
Le Gouvernement de l’Algérie, 1892.
Discours et opinions édités par P. Robiquet, 7 vol., 1893-1898.
Lettres de Jules Ferry éditées par Mme E. Jules-Ferry, Paris, 1914.


Bibl. : Dictionnaire de biographie française, publié sous la dir. de M. Prévot, Roman d’Amat, H. Tribout de Morambert, Paris, Letouzey (lettres A-H parues de 1928 à 1989), tome XIII, col. 1173-1179.
Bouvier.- Dictionnaire de biographie vosgienne, p. 406-409.
Reclus (M.).- Jules Ferry, 1832-1893, Paris, 1947.
Ronsin (A.) et Claudel (M.-C.).- Jules Ferry, sa vie son œuvre, Saint-Dié, 1981 (Les Guides du musée de Saint-Dié).
Barral (P.).- Jules Ferry, une volonté pour la république, Nancy, 1985.
Robert.- Dictionnaire des parlementaires, tome II, p. 635.
Jolly.- Dictionnaire des parlementaires, tome V, 1685-1686.
Gaillard (J.-M.).- Jules Ferry, Paris, 1989.


[Albert Ronsin]

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