1897 —
Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

FERRY Jules François Camille.- Il était président du Sénat, du conseil général des Vosges et de l’Association nationale républicaine, lorsqu’il mourut à Paris le 18 mars 1893.
Né à Saint-Dié le 5 avril 1832, ses ancêtres originaires d’Anould, dans le canton de Fraize, étaient de modestes paysans. Ils vinrent s’établir à Saint-Dié où, par la suite, ils occupèrent une place importante dans la bourgeoisie. Propriétaires d’une fonderie de cloches, ils furent les fournisseurs attitrés de l’abbaye de Saint-Dié. Presque toutes les cloches des églises environnantes sortirent de leurs ateliers. Son grand-père abandonna la direction de ces établissements pour se livrer à la fabrication des tuiles. Son père, Charles Édouard, après s’être fait recevoir avocat, vint s’inscrire au barreau de Saint-Dié où il obtint une réputation justement méritée. Membre du conseil général des Vosges, il fit une opposition très vive au ministère Guizot. Devenu veuf en 1836, épuisé par la longue lutte politique qu’il venait de soutenir, il donna sa démission d’avocat pour se consacrer à l’éducation de ses deux fils : Jules et Charles. En 1846, il quitta Saint-Dié pour demeurer à Strasbourg. D’une grande intelligence et travailleur assidu, M. Jules Ferry passa son baccalauréat en 1848 et fut reçu avec éloges. Au collège, il obtint presque tous les prix des classes de rhétorique et de philosophie. Il suivit les cours de la faculté de droit de cette ville puis il vint à Paris en 1850 et fut reçu licencié l’année suivante.
De 1850 à 1854, il fit, sous la direction d’habiles maîtres, de sérieuses études de peinture, et, en 1853, à la suite d’un séjour qu’il fit à Venise, en compagnie de son frère, il fut sur le point d’abandonner le droit pour se livrer à sa passion favorite. Inscrit au barreau de la cour d’appel de Paris, depuis le 20 décembre 1851, la place importante qu’il sut s’y créer, le décida à continuer cette carrière. Nommé secrétaire de la conférence des avocats de 1854 à 1855, il fut chargé de prononcer le discours de rentrée. Le thème qu’il choisit traitait
De l’influence des idées philosophiques sur le barreau du XVIIIe siècle. Élu plusieurs fois président de la conférence Molè, M. Jules Ferry organisa chez lui des réunions auxquelles prirent part tous les hommes qui ont depuis marqué dans la politique.
Après avoir plaidé dans quelques affaires civiles, ne trouvant pas dans la pratique du droit l’occasion de se distinguer et propager ses idées libérales, il ne tarda pas à quitter la barre pour se vouer corps et âme à la politique. A partir de ce moment, sa vie entière fut consacrée au service du pays ; elle a été, durant trente années, intimement liée aux crises intérieures et extérieures subies par notre politique. Il entra dans le journalisme et fut successivement rédacteur, à
La Presse d’Émile de Girardin, au
Courrier de Paris de Clément Duvernois et au
Temps de Nefftzer. Il fit paraître dans la
Gazette des Tribunaux d’intéressants comptes-rendus des grands procès civils.
Aux élections législatives de 1863, M. Jules Ferry, un moment candidat à Paris, se désista en faveur de Garnier Pagès. Après une campagne très mouvementée, dont il a consigné les différentes phases dans un volume qui fut publié sous le titre de
La Lutte électorale en 1863, M. Garnier Pagès, candidat de l’opposition, fut élu. A la suite de la réunion électorale qui eut lieu chez ce dernier, le dimanche précédant son élection (11 mars 1864) les treize organisateurs de cette réunion furent poursuivis sous la prévention d’appartenir à une association non autorisée. La défense des prévenus fut présentée par tout ce que le barreau comptait de plus illustre comme avocats. M. Jules Ferry eut Berryer. Malgré les éloquentes plaidoiries de leurs défenseurs, ils furent condamnés pour délit d’association illicite, solidairement à 500 francs d’amende et aux dépens. Ils voulurent rappeler l’affaire devant la Cour, mais leur appel fut rejeté.
Les représailles exercées contre les journaux obligèrent M. Jules Ferry à modérer la violence de ses articles. Néanmoins, il fit paraître dans
Le Temps, principalement contre l’administration de la préfecture de la Seine, une série d’articles incisifs auxquels le ministre de l’intérieur ripostait par d’incessants communiqués qui formèrent le sujet du volume
Les Comptes fantastiques d’Haussmann et contribua fortement à jeter le discrédit sur le système gouvernemental de l’Empire.
En 1869, alors que les bases de l’Empire menaçaient déjà de s’écrouler devant l’agitation des partis de l’opposition, Jules Ferry fut élu député de la Seine au Corps législatif. Il devint l’un des membres les plus écoutés de ce parti. Il prit plusieurs fois la parole pour réclamer la liberté municipale au profit de la ville de Paris, il s’éleva contre les pratiques de la candidature officielle ; demanda la dissolution du Corps législatif qui, selon lui, ne représentait plus le pays depuis les remaniements introduits dans la constitution impériale. Il eut souvent l’occasion de lutter contre le chef du cabinet : M. Émile Ollivier, ministre de la justice. Ainsi que toute l’opposition, il lutta contre la déclaration de guerre à la Prusse.
Membre du gouvernement provisoire de la Défense nationale, avec toute la députation de Paris, lors de la chute de l’Empire, il en fit partie d’abord comme secrétaire (5 septembre), puis il eut pour mission de diriger des services administratifs de la préfecture de la Seine. Il reprit à la tête de quelques centaines de gardes nationaux et de mobiles bretons, l’Hôtel-de-Ville qui était au pouvoir des émeutiers et délivra les autres membres du gouvernement qui y étaient retenus prisonniers (31 octobre). Pendant le siège, il fut plus spécialement chargé du service du ravitaillement et s’acquitta de cette tâche avec la plus grande impartialité.
Aux élections législatives de février 1871, le département des Vosges l’envoya siéger à l’Assemblée nationale. M. Jules Ferry donna alors sa démission de membre du gouvernement de la Défense nationale, mais il ne donna effectivement sa démission que le 18 mars. Ce jour-là, il resta à l’Hôtel-de-Ville jusqu’à neuf heures du soir. Les troupes s’étant retirées et toute résistance paraissant impossible, il se replia sur la mairie du Louvre où il essaya de réunir les maires de Paris. Quelques-uns seulement répondirent à son appel. Vers minuit, une bande d’insurgés ayant envahi la place Saint-Germain-l’Auxerrois, il dut se réfugier chez un ami où il passa la nuit et quitta la capitale le lendemain pour rejoindre le gouvernement à Versailles, où il s’était transporté.
Après la pacification de la Commune, M. Thiers, président de la République, le nomma préfet de la Seine (26 mai), mais M. Jules Ferry donna sa démission le 5 juin suivant et fut remplacé par Léon Say. Le 8 octobre de la même année, il fut élu membre du conseil général des Vosges.
A l’Assemblée Nationale, il vota contre l’abrogation des lois d’exil ; contre la pétition des évêques ; pour le retour de l’Assemblée à Paris et contre le maintien des traités de commerce. A la suite de sa déposition devant la commission d’enquête sur l’insurrection du 18 mars, toutes les feuilles de la presse réactionnaire publièrent contre lui de violents articles auxquels il dédaigna de répondre.
Il entra dans la diplomatie le 15 mai 1872, en qualité de ministre de France à Athènes, et eût la satisfaction de terminer les différends qui existaient entre la France, l’Italie et la Grèce, au sujet des mines du Laurium. A la chute de Thiers, le 24 mai 1873, il donna sa démission et reprit se place à l’Assemblée Nationale. Il s’y fit remarquer par son opposition aux membres du gouvernement qui désiraient vivement le retour de l’ancien régime. Plusieurs fois élu vice-président de cette Assemblée, il fut choisi par la gauche républicaine, comme chef de ce groupe. Réélu dans l’arrondissement de Saint-Dié lors des élections législatives du 20 février 1876, il la gauche reprit sa place à la présidence de de la gauche républicaine. Dans le cours de cette session, il fut chargé du rapport sur le projet de loi d’organisation municipale ; vota l’amnistie entière et intervint dans plusieurs discussions importantes.
Il épousa, le 24 octobre 1876, Mlle Risler-Kestner.
Au Seize Mai, il s’associa à la protestation des Gauches contre le nouveau gouvernement de combat et prit une part brillante à la discussion qui eut lieu à la Chambre, sur la politique du cabinet de Broglie-Fourtou. Il fut naturellement un des 363 députés qui votèrent l’ordre du jour de blâme qui eut pour conséquence la dissolution de la Chambre et donna lieu à de nouvelles élections où M. Jules Ferry fut de nouveau choisi par son arrondissement pour le représenter à cette Assemblée (14 octobre 1877). Il monta à la tribune dès la réunion du nouveau Parlement pour flétrir les actes du ministère avant et pendant les élections. Il vota l’enquête demandée par la Gauche (15 novembre) et l’ordre du jour de défiance contre le cabinet extraparlementaire du général de Rochebouët (24 novembre). Il présida la commission du tarif général des douanes.
Le parti républicain se trouvant enfin en majorité dans les deux Chambres à la suite du renouvellement triennal du Sénat, le 5 janvier 1879, M. Jules Ferry fit adopter un ordre du jour invitant le ministère Dufaure à procéder à l’épuration du personnel administratif et judiciaire (20 janvier). Le ministère se retira devant le vote de la Chambre qui lui refusait sa confiance. Cette démission fut bientôt suivie de celle du président de la République, le maréchal de Mac-Mahon (30 janvier).
Élu à la présidence par le Congrès de Versailles, M. Jules Grévy chargea M. Waddington de former un nouveau cabinet. Celui-ci confia à M. Jules Ferry le portefeuille de l’instruction publique (4 février). Il apporta, dans ses nouvelles fonctions, d’importantes réformes administratives. Il sépara la direction de l’instruction publique de celle des Beaux-Arts et confia cette dernière à un sous-secrétaire d’État. Il déposa à la Chambre deux projets de loi. Le premier portant modification du conseil supérieur de l’instruction publique et des conseils académiques, éliminait de ce premier conseil les influences religieuses qui y prédominaient auparavant.
Dans le second, il faisait entrer les représentants des assemblées départementales ou municipales qui participaient aux dépenses de l’enseignement. Le premier projet fut voté sans trop de résistance, mais le second qui restituait à l’État la collation des grades, interdisait aux établissements libres de prendre le titre d’Université, forçait leurs élèves à prendre deux inscriptions dans les facultés de l’État, abolissait les jurys mixtes et déclarait enfin impropre à participer à l’enseignement public ou libre et à diriger un établissement quelconque, tout membre d’une congrégation religieuse non autorisée. Après dé violentes discussions, ce projet fut enfin voté par la Chambre au mois de mai 1879, mais il échoua au Sénat. Malgré cet échec, il subit sa pleine et entière exécution. A la suite de la démission du ministère Freycinet qui avait succédé le 29 décembre 1879 au cabinet Waddington, M. Jules Ferry fut chargé de la formation du nouveau ministère dont il eut la présidence, tout en conservant le portefeuille de l’instruction publique (23 septembre 1880).
Son premier acte fut de déposer à la Chambre le projet de loi consacrant les principes d’obligation et de gratuité, réorganisait complètement l’enseignement primaire. Ce fut la base des lois scolaires de la République qui, d’après de nombreux et intéressants débats, fut votée à la Chambre le 24 décembre 1880 et au Sénat au mois de mars 1882, à plus d’une année d’intervalle, à cause de l’opposition des groupes de la Droite et du Centre.
Le 20 novembre 1883, M. Jules Ferry échangea son portefeuille contre celui des Affaires étrangères, vacant par suite de la démission de M. Challemel-Lacour, motivée par les évènements du Tonkin qui devenaient de plus en plus inquiétants. Le traité franco-annamite de 1874 qui nous concédait des droits sur le Tonkin fut contesté par l’empereur d’Annam. Les hésitations du gouvernement français menaçaient de nous faire perdre de notre influence et de notre prestige en Extrême-Orient. Sous son habile direction, il sut faire reprendre à la France, tenue à l’écart depuis les évènements de 1870, son rang parmi les principales puissances de l’Europe. A cet effet il demanda aux Chambres un crédit de cinq millions et demi pour l’envoi d’un corps d’occupation de 4 000 hommes, appuyé d’un cuirassé avec quelques canonnières. Cette demande fut accordée le 15 mai. Le 26 du même mois, on apprenait la mort du commandant Rivière, tué le 19 par des Pavillons-Noirs dans une sortie malheureuse. Les succès du corps expéditionnaire obligèrent la cour d’Annam à faire sa soumission (25 août) ; la Chine avait précédemment (11 mai) signé les conventions à Tien-Tsin. Ces conventions mal interprétées eurent pour conséquences l’affaire de Bac-Lé où le colonel Duguenne qui devait occuper Lang-Son, se trouva aux prises, le 24 juin, avec les troupes chinoises et fut forcé de se replier. Encouragée par ce dernier succès, la Chine repousse, le 12 juillet, l’ultimatum qu’on lui avait envoyé.
Les hostilités continuent. L’Amiral Courbet commandant en chef, fait bombarder Kelung le 5 août, puis Foutchéou le 29. La Chine organise deux armées sur la frontière du Tonkin et résiste à Kelung à l’occupation de Formose.
Au Tonkin, malgré l’appui qu’elle rencontre parmi les Pavillons-Noirs, elle ne peut arrêter la marche victorieuse des troupes placées sous les ordres du général Brière de l’Isle. Lang-Son est occupé par nos troupes le 13 février 1885. L’Empire Céleste, impuissant sur terre et sur mer, s’avoue vaincu et s’apprête à traiter quand on apprit à Paris la nouvelle de l’échec de nos troupes à la Porte de Chine, l’évacuation de Lang-Son, la blessure du général de Négrier et la retraite du colonel Herbinger. La dépêche du général Brière de l’Isle eut pour résultat d’affoler tout le monde à Paris, tandis qu’avec un peu plus de calme on aurait vu que le commandant en chef du corps expéditionnaire, mal renseigné, craignait une invasion du Delta tonkinois alors que les Chinois, après l’affaire de Lang-Son, battaient en retraite vers leurs cantonnements.
Le gouvernement demanda à la Chambre un crédit de 200 millions pour continuer les opérations que les récents évènements rendaient nécessaires, mais celle-ci le refusa par 310 voix sur 475 votants. Le ministère Ferry se retira devant l’opposition de la Chambre. Deux jours après on apprenait que le Fsougly-Amen avait accepté un traité par lequel la Chine nous abandonnait le Tonkin et reconnaissait notre protectorat sur l’Annam.
Pendant que se succédaient les évènements d’Extrême-Orient, la France se trouvait engagée avec la Tunisie, Madagascar et le Congo. La Tunisie fut placée sous notre protectorat malgré les menées du colonel italien, M. Maccio, qui, obéissant aux ordre de son gouvernement, parvint, à force d’intrigues, à obtenir du bey d’importantes concessions au profit de ses compatriotes, en même temps qu’il favorisait, en sous main, le mouvement anti-français qui progressait d’une façon inquiétante pour nos nationaux. Le gouvernement beylical hésitent à prendre les mesures nécessaires pour faire respecter nos frontières et droits, la France forcée d’agir elle-même, fit voter par les Chambres un crédit de six millions ainsi que la formation d’un corps expéditionnaire. Celui-ci divisé en trois colonnes, dont deux sous les ordres du général Forgemol, furent chargés d’opérer dans la Kroumirie, tandis que la troisième, dirigée par le général Bréart, débarqua à Bizerte, et marcha de là à Tunis. Grâce à une marche rapide, le bey signait le 12 mai 1881, au Bardo, une convention par laquelle il admettait notre protectorat sur son territoire et confirmait ces conventions par le traité de Kassar-Saïd. Le corps expéditionnaire fut alors disloqué ; il ne resta plus dans les principales villes du Tell tunisien qu’un corps d’occupation de 12 000 hommes.
A la suite d’une tentative de soulèvement provoqué dans les campagnes du Sud-Oranais par l’arabe Ali-Ben-Kalifa qui prêchait partout la guerre sainte, une nouvelle démonstration militaire s’imposa. Les crédits nécessaires pour terminer cette campagne dont les débuts avaient été couronnés de succès, furent demandés en même temps que ceux pour le Tonkin et subirent le même sort.
Les opérations militaires que fit en 1882 le commandant Le Timbre, dans le but de faire respecter notre drapeau à Madagascar, provoqua l’envoi à Paris, d’une ambassade hova. Les négociations n’ayant pas abouti, le contre-amiral Pierre et, successivement les contre-amiraux Galiber et Miot, furent chargés de continuer les hostilités. Un traité fut enfin signé le 15 décembre 1885.
Au Congo, les affaires menées avec la plus extrême vigilance par M. de Brazza, soutenu par le cabinet Ferry, acquirent à la France un vaste domaine colonial dans l’Afrique centrale.
En dehors de la politique coloniale, la loi sur la relégation des récidivistes ; celle sur les syndicats professionnels ; sur le remaniement du personnel de la magistrature ; celle supprimant les sénateurs inamovibles et enfin la loi municipale, furent votées sous son Ministère.
Le 4 octobre 1885, M. Jules Ferry fut réélu député de l’arrondissement de Saint-Dié. Il se tint en dehors de l’agitation politique du moment et ne monta à la tribune que lors de la discussion du budget de l’Instruction publique. Ce fut lui qui dénonça le premier les menées des partis qui se cachaient derrière le général Boulanger dont le but était le renversement de la République au profit d’un des régimes disparus. Il flétrit la politique de ce général et le surnomma le
Saint-Arnaud de café-concert. Le général envoya des témoins mais ceux-ci ne purent s’entendre sur les conditions d’une rencontre et l’affaire n’eut pas de suites.
Le 3 décembre 1887, à la suite de la démission de M. Jules Grévy, président de la République, M. Jules Ferry, candidat à la présidence, obtint ,aux scrutins préparatoires : 200, 216 et 179 voix. Aux élections définitives, il lui fut attribué 212 voix contre 303, à M. Sadi Carnot ; il se désista aussitôt en faveur de ce dernier qui fut élu par 616 suffrages.
Le 10 du même mois,, il fut appelé dans la salle des Pas-Perdus de la Chambre des députés par un nommé Aubertin qui, sitôt qu’il se fut trouvé en sa présence, lui déchargea trois coups de revolver. Deux balles seulement l’atteignirent sans lui faire de blessure pénétrante. La première l’avait frappé à la partie antérieure gauche de la poitrine, entre le quatrième et le cinquième espace intercostal, à la hauteur de l’orifice aortique. Elle avait déterminé une plaie contuse, de forme arrondie, avec ecchymose étendue. La seconde balle avait contourné, à la hauteur des deux dernières côtes, le flanc droit. Toutes deux ne présentaient aucun danger et on put croire, au premier abord, que tout se bornerait à l’émotion ressentie. Il reçut lui-même, une heure après l’évènement, les témoignages de sympathie des principaux membres de tous les partis.
Aux élections législatives de 1889, il se porta dans la première circonscription de Saint-Dié, mais il échoua contre la candidature boulangiste du commandant Picot. Cette élection ayant été invalidée, M. Jules Ferry ne se représenta pas aux élections complémentaires. Il ne revint sur la scène politique qu’après les élections sénatoriales du 4 janvier 1891. Élu sénateur par le département des Vosges, il se fit remarquer dans cette Assemblée par ses discours tous d’un grand intérêt. Il fut nommé président de la Commission des douanes de l’Algérie. Il fit, avec la commission sénatoriale, un séjour de trois mois dans cette colonie à la suite duquel il écrivit un remarquable rapport.
Élu président du Sénat le 24 février 1893, en remplacement de M. Le Royer, il allait reprendre sa place dans la politique lorsqu’il succomba le 18 mars suivant des suites d’une affection cardiaque provoquée par l’attentat d’Aubertin.
A cette nouvelle, la presse française et étrangère rendit unanimement hommage à la mémoire de ce grand politicien, Sa ville natale tint également à l’honorer et fit ériger sa statue. L’inauguration de ce monument eut lieu officiellement le 26 juillet 1896, en présence de M. Méline, président du conseil des ministres et de nombreuses autorités civiles et militaires.