Louis Joseph BUFFET

[ Mirecourt (88), 26/10/1818 – Paris (75), 07/07/1898 ]

avocat

Ministre de l'agriculture et du commerce ((1848-1849, 1851). Ministre des finances (1870). Ministre de l'intérieur (1875-1876). Député des Vosges (1848-1852, 1864-1876). Président de l'Assemblée nationale (1873-1875). Sénateur inamovible (1876).

Biographie vosgienne

1879 — Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim

BUFFET Louis Joseph.- Homme d’État, né à Mirecourt le 6 octobre 1818 ; avocat, élu à la Constituante par le département des Vosges, il donna bientôt la mesure de son grand talent et des opinions les plus modérées et les plus arrêtées ; ardent adversaire du socialisme, il l’attaqua d’une manière si nette et si rude que c’est principalement aux coups qu’il lui a portés que l’on dut sa ruine dans l’esprit public.

Rallié par M. Boulay de la Meurthe à la politique du Prince-Président, il fut bientôt chargé du ministère du commerce à la place de Bixio. Toutefois, ne voulant pas suivre le système nouveau dans toutes ses aspirations, il résigna son portefeuille le 31 décembre 1849. Réélu le premier de son département à la Législative, il y acquit une influence aussi grande que légitime, et fut un des membres les plus laborieux : dans les commissions, de même qu’à la tribune un des orateurs les plus écoutés. En avril 1851, il rentra au ministère avec Léon Faucher, pour donner sa démission le 14 octobre. Il fut décoré le 28 du même mois.

Lors du coup d’État du 2 décembre, M. Buffet partagea le sort de ses collègues arrêtés à la mairie du dixième arrondissement, et se retira momentanément de la vie politique. Après avoir échoué aux élections de 1863, il est rentré aux affaires publiques lors d’une élection partielle dans les Vosges, en janvier 1864. Réélu en 1869, il ne tarda pas à recevoir le portefeuille des finances, qu’il quitta bientôt pour ne pas s’associer aux tendances politiques de l’Empereur, qui semblait ne demander son accession à un cabinet soi-disant parlementaire que pour couvrir des menées nouvelles.

Au retour de la paix, M. Buffet fut envoyé par son département à l’Assemblée de Bordeaux ; il y reprit son influence et y resta ce qu’il a toujours été, l’homme des idées sagement progressives et l’adversaire toujours résolu et puissant du radicalisme et des agitations coupables : c’est dire qu’il se sépara de M. Thiers, qu’il avait accompagné jusqu’alors dans une courageuse résistance que celui-ci abandonnait. Il refusa le portefeuille des finances que lui offrait M. Thiers à son arrivée à la présidence, et accentua bientôt, et de plus en plus, la distance qui séparait ces deux hommes politiques éminents dont l’un devait, par une sorte d’aberration sénile, pencher fatalement vers le radicalisme qu’il avait combattu toute sa vie et disait détester encore.

La confiance de la Chambre lui donna le fauteuil de la présidence quitté par M. Jules Grévy. C’est là que M. le maréchal de Mac-Mahon vint le choisir pour lui confier la vice-présidence du conseil des ministres. Il ne parvint pas, dans ce poste élevé, à conjurer les mauvaises passions qui éclataient de toutes parts ; l’oeuvre de son cabinet échoua. Aux élections du 20 février 1876, le département des Vosges fut assez ingrat pour refuser au plus illustre de ses enfants un siége au Sénat et à la Chambre des députés. Le Sénat a bientôt réparé cette injustice en l’élisant sénateur à vie. M. Buffet est membre du comité de la Société de protection des Alsaciens-Lorrains.

1886 — Annuaire des Vosges / Léon Louis

BUFFET Louis.- Né à Mirecourt le 26 octobre 1818, avocat, ancien député, ancien ministre, ancien conseiller général ; élu sénateur inamovible par 144 voix [le 16 juin 1876].

Paris, rue Saint-Pétersbourg, 2.

Siége à droite.

[Annuaire 1886, p. 180 ; Annuaire 1890, p. 165].

Membre de l’Institut.

[Annuaire 1892, p. 156].

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

BUFFET (Louis Joseph).- M. Buffet est né à Mirecourt le 26 octobre 1818.

Son père, Louis-François Buffet, officier de cavalerie de l’Empire, né le 22 juin 1791 à Tendon, s’était retiré à Mirecourt dont il fut maire, commandant de la garde nationale, président du tribunal de commerce et conseiller général de 1841 à 1851, Buffet père mourut à Ravenel, près de Mirecourt, le 18 septembre 1864.

Avocat à Mirecourt, M. Louis Buffet fut élu représentant du peuple des Vosges à l’Assemblée constituante le deuxième sur 11, par 71 492 voix, le 23 avril 1848. Il s’y fit de suite remarquer par la lucidité de sa parole et de son esprit. Bien que siégeant à droite, il adopta la Constitution républicaine. Après l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, il fut nommé, le 29 décembre 1848, ministre de l’agriculture et du commerce. Il n’avait que 30 ans.

Réélu Représentant du peuple des Vosges à l’Assemblée Législative, le 13 mai 1849, le premier sur 9, par 43 442 voix, il quitta le ministère, pour ne pas subir la politique du prince-président, le 2 juin 1849. Il joua un rôle assez important à l’Assemblée et redevint ministre de l’agriculture et du commerce le 10 avril 1851, mais il donna de nouveau sa démission, le 14 octobre 1851, et reçut en partant du ministère la croix de la Légion d’honneur.

Le coup d’État du 2 décembre 1851 le fit rentrer dans la vie privée et il reprit ses fonctions d’avocat à Mirecourt. En 1861, cependant, il fut élu conseiller général du canton du Thillot et réélu jusqu’en 1870. En mai 1863, il se présenta comme candidat à la députation dans la première circonscription des Vosges et obtint 14 469 voix contre 14 524 au comte de Bourcier de Villers, député sortant.

L’élection ayant été invalidée, M. Buffet fut élu député au Corps législatif le 17 janvier 1864 par 18 321 voix contre 13 055 à son concurrent. Il se fit rapidement une place distinguée ; il aborda surtout les questions de finances où la netteté de sa parole, la solidité de son argumentation, la justesse de ses aperçus le firent vite remarquer. Il était un des chefs du tiers-parti qui conseillait l’empire libéral. Réélu député des Vosges, les 23-24 mai 1869, par 23 992 voix contre 9 000 voix perdues, il fut un des promoteurs de l’interpellation des 116 députés qui amena la formation du ministère Ollivier. M. Buffet fit partie de ce cabinet, le 2 janvier 1870, comme ministre des finances, mais il donna sa démission le 10 avril 1870 lorsque l’empire eut recours au plébiscite. Il se tint depuis lors à l’écart des affaires.

Député des Vosges à l’Assemblée nationale, le 8 février 1871, le premier sur 8, par 36 167 voix, il alla siéger au centre droit, vota pour la paix et favorisa la tentative de renversement de M. Thiers. Élu président de l’Assemblée nationale le 4 avril 1873, à la suite de la démission de M. Grévy, par 304 voix contre 285 à M. Martel, il fut réélu à ces hautes fonctions pendant près de deux années. Après le vote de la Constitution républicaine, M. Buffet fut chargé par le maréchal de Mac Mahon de former un ministère. Le 10 mars 1875, M. Buffet devenait ministre de l’intérieur avec la vice-présidence du Conseil des ministres. Sa résistance aux demandes de la gauche de l’Assemblée lui valut les plus vives critiques ; aussi échoua-t-il en décembre 1875, pour l’élection des sénateurs inamovibles.

Il se présenta alors au Sénat devant les électeurs des Vosges, le 30 janvier 1876 ; il fut battu avec 294 voix contre 304 accordées au candidat républicain le moins favorisé. Candidat à la députation dans quatre arrondissements à la fois, il échoua, le 20 février 1876, devant les candidatures républicaines : dans l’arrondissement de Mirecourt, avec 7 038 voix contre 8 613 à M. Édouard Bresson ; dans l’arrondissement de Commercy (Meuse), avec 8 365 voix contre 10 596 au docteur Henry Liouville ; dans l’arrondissement de Bourges (Cher), avec 7 137 voix contre 7 607 à M. Eugène Devoucoux ; et dans l’arrondissement de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), avec 9 096 voix contre 9 642 à M. Joseph Lasserre. En présence de ce quadruple échec, il donna, le 23 février, sa démission de ministre de l’intérieur.

Il ne rentra dans la vie publique que le 17 juin 1876, où il fut élu par le Sénat sénateur inamovible par 144 voix contre 141 au procureur général Renouard, soutenu parles républicains. M. Buffet appartient à la minorité monarchiste du Sénat, prenant fréquemment part aux débats et exerçant une réelle influence par son incontestable intégrité.

M. Buffet a plusieurs fils, dont l’un, M. André Buffet, a été candidat à la députation le 4 octobre 1885 ; il échoua, avec toute la liste conservatrice, le 2e de cette liste, avec 33 822 voix.

1897 — Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

BUFFET Louis Joseph.- Né à Mirecourt le 26 octobre 1818.

Sénateur inamovible.

Membre de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques).

Chevalier de la Légion d’honneur.

Président du comice agricole de Mirecourt.

Membre de l’Association vosgienne de Paris.

M. Buffet fit ses études au collège de sa ville natale et suivit les cours de la faculté de droit de Paris. Reçu licencié, il se fit inscrire au tableau de l’ordre des avocats du barreau de Nancy, il y resta jusqu’à la Révolution de 1848 ; à cette époque, il fut envoyé à l’Assemblée nationale pour représenter le département des Vosges et siégea à la droite de cette assemblée. Il reçut le portefeuille de l’Agriculture dans le ministère Odilon Barrot, sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte et occupa ce poste du 29 décembre 1848 au 2 juin 1849. Réélu au renouvellement de 1851, il fit partie du ministère du 10 avril 1851 au mois d’octobre suivant, et donna sa démission lorsque le prince-président demanda à l’Assemblée le retrait de la loi du 31 mai réduisant le nombre des électeurs.

Arrêté puis incarcéré pendant quelques jours pour avoir protesté contre le Coup d’État du 2 décembre 1851, M. Buffet rentra dans la vie privée et ne reparut sur la scène politique qu’après l’élection du 17 janvier 1864, à la suite de laquelle il fut élu député de la 1re circonscription des Vosges, par 18 321 voix sur 31 376 votants. Réélu avec une forte majorité en 1869, il obtint le portefeuille des Finances dans le ministère Émile Olivier, le 2 janvier 1870, mais il donna sa démission le 10 avril suivant, en signe de protestation contre le plébiscite et également à la déclaration de la guerre avec l’Allemagne, puis, après la proclamation de la République, M. Buffet se retira à Mirecourt.

Au renouvellement général du 8 février 1871, M. Buffet fut élu député des Vosges. Opposé à la politique de M. Thiers, il refusa le portefeuille des Finances que ce dernier lui offrait. Il fut élu président de l’Assemblée nationale à la suite de la démission de M. Jules Grévy, le 4 avril 1873. Un mois après, le 21 mai, M. Thiers donna sa démission de président de la République et fut remplacé par le maréchal de Mac-Mahon. Malgré les changements ministériels nécessités par cette transmission de pouvoirs, M. Buffet demeura à son poste jusqu’à l’adoption du vote des lois constitutionnelles de février 1875, lesquelles furent abrogées le mois suivant et eurent pour conséquence la chute du ministère de Cissey. On confia à M. Buffet la délicate mission de former un nouveau ministère : il conserva le ministère de l’intérieur et devint vice-président du Conseil. Non réélu aux élections législatives du 20 février 1876, il se démit de ses fonctions. M. Buffet fut élu sénateur inamovible par le Sénat le 17 juin 1877, en remplacement de M. Ricard, décédé. Il prit part au vote pour la dissolution de la Chambre des députés, après l’affaire du 16 mai. Depuis cette époque, M. Buffet vota constamment avec la droite. Il a pris plusieurs fois la parole pour soutenir les intérêts des causes religieuses.

Il appartient à l’Institut comme Membre de la section des sciences morales et politiques, depuis le 10 mai 1890. Il remplaça à cette Assemblée le comte Daru, décédé.


1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

BUFFET (Louis Joseph), avocat et homme politique
(Mirecourt, 26 octobre 1818 - Paris, 7 juillet 1898)

Fils d’un maire de Mirecourt, il fait ses études au collège de Mirecourt, ses études de droit à Paris, puis se fait inscrire au tableau des avocats au barreau de Nancy. Il est nommé délégué du gouvernement provisoire, ou sous-préfet, pour apaiser les esprits et assurer l’ordre dans son arrondissement. Il se présente lors des élections d’avril 1848 à l’assemblée constituante sous la formule d’une république libérale rejetant la dictature exercée par la foule ou par un seul, et est élu largement aux côtés de Boulay de la Meurthe. Partisan de Cavaignac lors des élections présidentielles de décembre 1848, il connaît une courte éclipse jusqu’au moment où Louis-Napoléon le choisit comme ministre de l’agriculture et du commerce (29 décembre 1848-2 juin 1849). Réélu député en 1851, il est à nouveau ministre d’avril à octobre 1851.

Le coup d’état du 2 décembre 1851, au cours duquel il est arrêté et incarcéré durant quelques jours, pousse ce libéral-conservateur à se retirer de la vie politique et à revenir à Mirecourt. Le 17 janvier 1864, il est élu comme candidat de l’opposition au corps législatif, battant le comte de Bourcia, candidat officiel de Napoléon III : son appartenance au Tiers-Parti lui vaut de devenir ministre des finances dans le cabinet Émile Ollivier de janvier 1870, mais il démissionne pour protester contre le plébiscite le 10 avril 1870. Élu député de l’arrondissement de Mirecourt à l’assemblée constituante (février 1871), il siège au centre droit et s’oppose à Thiers. Il devient président de cette assemblée le 4 avril 1873. C’est sous sa présidence que sont votées les lois constitutionnelles de 1875.

Nommé vice-président du conseil par le maréchal de Mac-Mahon (mars 1875 à février 1876), il se présente aux élections législatives du 20 février 1876, mais l’arrondissement de Mirecourt vote en majorité pour son adversaire républicain Édouard Bresson. Cet échec ne l’écarte pas définitivement du monde politique puisque, la même année (le 17 juin), il est nommé sénateur inamovible, et qu’il le reste jusqu’à sa mort en 1898. Il fut enterré à Mirecourt.

Il était membre de l’Académie des Sciences morales et politiques depuis le 10 mai 1890 et chevalier de la Légion d’honneur.

Son fils, Pierre Buffet (né à Mirecourt le 13 juin 1855), agriculteur et conseiller municipal à Mirecourt, fut rédacteur en chef du Nouvelliste des Vosges, journal conservateur fondé à Épinal en 1887.


Bibl. : Robert.- Dictionnaire des parlementaires français 1789-1889, tome I, p. 526-528.
Robert.- Dictionnaire des parlementaires français 1889-1940, tome II, p. 802-803.
Jouve (H.).- Dictionnaire biographique des Vosges.
D.B.F., tome VII, col. 625-627.


[Jean-François Michel].

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