Ferdinand Eugène Jean-Baptiste BRUNOT

[ Saint-Dié (88), 06/11/1860 – Paris (75), 30/01/1938 ]

professeur d’université

Historien de la langue française. Grand Croix de la Légion d’honneur (1933).

Biographie vosgienne

1897 — Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

BRUNOT Ferdinand.- Né à Saint-Dié le 6 novembre 1860.

Maître de conférences à la faculté des lettres de Paris, et à l’École normale supérieure.

Lauréat de l’Institut.

Officier de l’instruction publique.

Élève du collège de Saint-Dié de 1869 à 1876 puis étudiant à Dresde et à Berlin en 1876, M. Brunot entra au lycée Louis-le-Grand en 1877. Il fut admis à l’École normale supérieure en 1879, d’où il sortit en 1881 avec le diplôme d’agrégé de grammaire. Nommé professeur de seconde au lycée de Bar-le-Duc, il devint maître de conférences à la faculté des lettre de Lyon en 1883, chargé du cours complémentaire de langue et de littérature françaises à cette faculté en 1887, et fut appelé à la Sorbonne en 1891.

M. Brunot a publié :
- Un fragment des histoires de Tacite, étude sur le De moribus Germanorum, 1883.
- Une étude sur une pièce inédite de la Fontaine : Le Valet de deux maîtres, dans la bibliothèque de la faculté des lettres de Lyon, 1884.
- Un Précis de grammaire historique de la langue française, 1887, qui lui a valu la même année le prix Archon-Desperouse de l’Académie française.
- Des Éléments de grammaire historique dans le journal L’Instruction illustrée ;
- une thèse en latin : De Philiberti Bugnonii vita et eroticis versibus, 1891 ;
- une thèse en français : La Doctrine de Malherbe d’après son commentaire sur Descartes, 1891.

Il est secrétaire de la Société d’histoire littéraire de la France, directeur des cours de vacances de l’Alliance Française, et un des principaux collaborateurs de l’Histoire de la littérature française, que publie M. Petit de Julleville, où toute l’histoire de la langue doit être traitée par lui.


1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

BRUNOT (Ferdinand), professeur d’université, historien de la langue française
(Saint-Dié, 6 novembre 1860 - Paris, 30 janvier 1938)

Ferdinand Brunot. Ferdinand Brunot est issu d’une lignée de tourneurs sur bois. Son grand-père Jean Baptiste, né le 6 floréal an XIII à Saint-Dié, est tourneur en bois et en chaises. Son père Jean Baptiste, né le 22 mars 1830 à Saint-Dié, continue la profession. Républicain convaincu, il tente, avec un groupe de ses amis déodatiens, de prêter la main à ceux qui veulent empêcher le prince président d’accéder à l’Empire. Arrêté après le coup d’État du 2 décembre, il est condamné à la transportation en Algérie ; finalement il est condamné à 5 ans de forteresse. Gracié au bout de quinze mois en 1854, il revient à Saint-Dié, se marie et ouvre un atelier de confection. Ferdinand est le cadet de la famille.

Élève de l’institution Sainte-Marie de 3 à 9 ans, puis du collège municipal jusqu’au baccalauréat, il fait deux ans de stage en Allemagne afin d’apprendre la langue puis entre au lycée Louis le Grand à Paris pour préparer l’École Normale Supérieure où il est élève de 1879 à 1882. Il en sort premier à l’agrégation de grammaire. Ses condisciples sont Durkheim, Jaurès, Bergson, Baudrillart.

Il est nommé au lycée de Bar-le-Duc en 1882 et, dès l’année suivante, maître de conférences à la faculté des lettres de Lyon où il reste jusqu’en 1891, rédigeant un Précis de grammaire historique de la langue française (repris ultérieurement avec Ch. Bruneau) et ses deux thèses de doctorat dont la principale La Doctrine de Malherbe (1891) fait encore autorité.

A 31 ans, il est nommé maître de conférences à la Sorbonne. En 1900, il devient professeur d’histoire de la langue française, chaire créée pour lui, qu’il occupe jusqu’en 1934. En 1896, il collabore à L’Histoire de la langue et de la littérature française de Petit de Julleville, mais en 1903 il traite avec A. Colin l’édition d’une Histoire de la langue française. Ce monument, encore inachevé, compte 10 tomes en 18 volumes publiés par Ferdinand Brunot entre 1905 et 1938.

En 1922, il donne La Pensée et la langue, ouvrage dans lequel, avec ses élèves de l’École Normale de Sèvres, il propose de nouvelles méthodes pédagogiques d’enseignement de la langue. Déjà, en 1911, il a créé l’Institut de Phonétique de Paris et les Archives de la Parole pour enregistrer les voix des écrivains et orateurs et pour recueillir les patois. C’est à lui que l’on doit, en 1920, l’École de préparation des professeurs de français à l’étranger.

Maire du XIVe arrondissement de Paris entre 1914 et 1918, il se préoccupe du ravitaillement et crée une Union des oeuvres de guerre du XIVe arrondissement pour venir en aide aux plus démunis. La guerre terminée, il est élu doyen de la faculté des lettres de Paris et le restera de 1919 à 1928, construisant l’Institut de Géographie et l’Institut d’Art et d’Archéologie.

Selon la tradition familiale, il est de gauche. Dreyfusard, il est l’un des premiers membres de la Ligue des Droits de l’Homme. Selon la même tradition, il a le goût du bois. Il est lié avec Majorelle, avec Gallé, et il occupe ses loisirs à sculpter son mobilier. (Le musée de l’École de Nancy conserve un ensemble important sorti de ses mains). Il déploie son activité également à la Mission laïque, à l’Alliance française et à l’Office de la langue française, qu’il a fondé.

Membre de l’ Académie des inscriptions et belles lettres en 1925, de l’Académie royale de Belgique, docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères, grand prix Gobert de l’Institut, mais pas membre de l’Académie française, dont il a brocardé la Grammaire parue en 1932 en publiant des Observations sur la Grammaire de l’Académie française, justes mais... impertinentes.

Il a été fait grand croix de la Légion d’honneur en 1933.

Son fils André, ingénieur général des Ponts et Chaussées, a été directeur de l’École Nationale des Ponts et Chaussées.


Bibl. : D.B.F., tome VII, col. 564.
Antoine (G.).- Ferdinand Brunot, l’homme et l’œuvre, in Bulletin de la Société Philomatique Vosgienne, tome 89, 1986, p. 33.


[Albert Ronsin].

Nouvelle recherche