L'Ombre de la louve

 
 
 

Date et lieu

Il y a 35 000 ans, "dans les brumes de la préhistoire".

Sujet

Alors qu'il s'apprête à faire halte sous les huttes des Ohioro, Ahorn croise une louve étrange avant d'être le témoin involontaire d'une violente querelle à l'issue de laquelle un homme est grièvement blessé à la tête par une jeune fille. Quelle version voudront croire les Ohioro ? Oatti, sous le choc, a perdu la parole, la jeune Nohiqu'anah ment et Ahorn est un étranger dont ils se méfient.

Et pour Ahorn, les choses vont se compliquer quand Laha, qui parle au nom du clan, décide de chasser la jeune fille et de retenir Ahorn prisonnier. Alors que la vue des cadavres terrorise les Ohioro, Ahorn, le protégé d'Okough et d'Okgha le Rêve, devra pour élucider ces mystères et faire triompher la vérité, rendre la parole à Oatti au cours d'une intervention dont on a peine à croire qu'elle s'est déroulée il y a 35 000 ans. Avant de s'enfoncer à nouveau, justicier solitaire, dans les brumes de la préhistoire. (4ème de couverture, 2000).

 

Éditions

Abri Eberer, Tassili-n-Ahelakan, Chasse au mouflon.

  • 1ère édition, 2000
  • Paris : Éditions du Seuil, février 2000.
  • 18 cm, 187 p.
  • Illustration : Abri Eberer, Tassili-n-Ahelakan, Chasse au mouflon / détail (couverture).
  • (Points ; 718 ).
  • ISBN : 2-02-034909-4.
  • Prix : catégorie 8.
  •  

  • 2ème édition, 2013
  • Paris : éditions Bragelonne, 23 septembre 2013.
  • (Bragelonne Classic).
  • Livre numérique.
  • 149 p.
  • ISBN : 978-2-8205-1245-1.
  • Ils étaient presque au centre de la clairière, quand l'homme la rattrapa et la saisit par un bras, levant sa main armée. Elle poussa une exclamation criarde et rageuse et se mit à frapper l'homme avec une sorte de poche tressée, qui céda sous les coups et dont le contenu s'éparpilla en une pluie granuleuse autour d'eux ; l'homme se contentait de parer les coups en levant un bras, sans tenter de riposter. Elle lui porta un coup de pied entre les jambes et lui échappa, tomba dans les genêts qui la cachèrent un instant. L'homme avait lâché son bâton et avançait à présent vers elle, courbé, les mains plaquées sur l'entrecuisse.
    Suivant une étrange louve qu’il a aperçue, Ahorn se retrouve témoin d’une dispute dont le dénouement tragique va avoir des conséquences terribles pour lui s'il n'arrive pas à rétablir la vérité.
  •  

    Première page

    Ahorn avait rencontré la louve pendant les grandes neiges, dans la lumière rasante d'un de ces jours ensoleillés, qui avaient ouvert une trêve au cœur des giboulées et du froid. Il avait vu les traces de la bête et, dans ces traces, son allure, sa démarche et sa taille, il connaissait tout d'elle, bien avant de l'avoir aperçue.

    Elle était venue durant la nuit, tournant effrontément autour des présences ensommeillées d'Ahorn et du feu qu'il avait allumé sous son abri. Elle s'en était allée, avant que le froid vif de la pointe du jour ne resserre le bord effrité de ses empreintes.

    Ahorn ne l'avait pas entendue.

    Une odeur montée des frissons de l'aube l'avait tiré du sommeil. Non pas l'odeur de la louve - elle n'en avait pas laissé derrière elle - mais celle d'une autre sorte de froid dans la pénombre, sur les branchages et les peaux de la petite hutte. Il était resté un instant sans bouger, paupières closes et narines palpitantes, puis il avait ouvert les yeux : quelque chose d'inaccoutumé flottait dehors. Un petit bout de bois noir avait émis un faible et long sifflement sous la cendre. Après s'être glissé hors des fourrures et avoir vérifié que l'œil du feu brillait encore, Ahorn avait disposé sur la braise une poignée de branchettes qui s'étaient mises à fumer aussitôt. La peau qui fermait l'entrée de la hutte était moins raide et moins froide que les autres jours.

    La lumière rose du soleil l'éblouit un instant, filant au ras du sol entre les troncs blêmes des grands bouleaux.

    Il remarqua immédiatement l'empreinte dans la neige épaisse, ourlée de mottes que le soleil dentelait d'ombres effilées. Il se glissa hors de l'abri. Sa respiration, contenue par ses lèvres closes, était invisible dans l'air froid. Son regard, une fente pâle. Rien ne bougeait autour de lui. Les arbres immobiles, qui avaient vu passer la bête durant la nuit, se taisaient. Le vent était ailleurs, quelque part, avec les oiseaux.

    La trace venait du bord du ruisseau, dont elle avait apparemment suivi la rive avant de bifurquer soudain et de creuser, dans la blancheur, un sillon tortueux entre les petits sapins, sur la pente du tertre. Ahorn s'approcha de la trace. Il traversa l'espace piétiné autour de la hutte et entra dans la neige vierge qui craqua sous ses pieds nus. Il vit, à ses empreintes, que c'était une ar'akouq et qu'elle était jeune, forte et agile.

    Affamée.

    La louve était allée droit à l'arbre, là où Ahorn avait attaché la carcasse du chevreuil, à deux fois sa hauteur au-dessus du sol. Sans une hésitation. Exactement comme s'il ne s'était pas trouvé à quelques pas, dans l'abri qui sentait la présence du chasseur et du feu.

    Il ferma les yeux et la vit : elle s'était avancée, tranquille, souple et déterminée, dans la nuit noire et blanche, son ventre frôlant la neige quand son pas s'enfonçait dans la couche friable… jetant vers l'abri un regard jaune et fugace, sans plus, et sans changer son allure… hésitant à peine au pied du grand bouleau, juste le temps de se tasser et de bander les muscles de ses cuisses pour prendre son élan, d'une brusque détente… Les marques de ses griffes étaient incrustées dans les profondes rides de l'écorce.

    Ahorn demeura longtemps au pied de l'arbre, comme s'il ne pouvait accepter ce que voyaient ses yeux.

     

    Page créée le mardi 18 novembre 2003.