(Le Méchant qui danse)

 
 
  • Pierre Pelot
  • 1985 | 110ème roman publié
  • Noir
 

Date et lieu

Au milieu des années 1980, dans la haute vallée de la Moselle.

Sujet

Malheur, c'est le nom d'une famille Vosgienne ; bien nommée. Une tribu, dont autrefois l'un des membres a été tué par sa femme, une "d'ailleurs", une salope. Elle a fait de la prison, mais très peu, et le clan Malheur a juré d'avoir sa peau. Elle s'est remariée, la garce, avec un certain Jocco.

Elle attend un enfant pour bientôt. Le jour de la fête foraine au bourg, Jocco est abattu dans son atelier de menuiserie par un tueur inconnu. Alors la future mère, enceinte jusqu'aux yeux, prend un flingue et part sur le sentier de la guerre. (4ème de couverture, 1985).

 

Éditions

Couverture de Christian Brignonne.

  • 1ère édition, 1985
  • Paris : Fleuve Noir, septembre 1985 [impr. : 06/1985].
  • 18 cm, 277 p.
  • Illustration : Christian Brignonne (couverture).
  • (Spécial police ; 1964).
  • ISBN : 2-265-03066-X.
  • Prix : double **.
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    Couverture de Otmar Thormann.

  • 2ème édition, 2000
  • Paris : Ed. Payot et Rivages, III/2000 [impr. : 09/2000].
  • 17 cm, 245 p.
  • Illustration : Otmar Thormann (couverture).
  • (Rivages/Noir ; 370). Collection dirigée par François Guérif.
  • ISBN : 2-7436-0693-2.
  • Prix : catégorie 7.
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  • 3ème édition, 2014
  • Paris : éditions Bragelonne, 20 janvier 2014.
  • (Bragelonne Classic).
  • Livre numérique.
  • 201 p.
  • ISBN : 978-2-8205-1406-6.
  • Il y a longtemps, Mi-Ange a tué son mari, qui buvait trop et la frappait. Depuis, elle a refait sa vie avec Jocco. Mais la famille de la victime – la famille Malheur, qui porte bien son nom – n’a pas oublié... Aussi, lorsque Mi-Ange retrouve Jocco assassiné, elle est persuadée de savoir vers qui elle doit se tourner pour trouver les coupables...
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    Première page

    Calibre 22 L.R.

    Quinze coups dans le magasin tubulaire placé sous le canon, un seizième possible, balle engagée dans la chambre ; un seizième, ou un premier...

    Réplique de la Winchester 30/30. Pas un jouet. Munitions Remington. Portée de tir dangereuse à 1500 mètres.

    18 h 56 au cadran de la montre-bracelet.

    Le doigt sur la détente. L'index. L'ongle est rongé jusqu'à la peau.

    Les oiseaux se taisent.

    Jocco avait réglé le couteau de la raboteuse pour une première passe et s'apprêtait à mettre la machine en marche lorsque le téléphone sonna, près de la porte d'entrée du petit atelier. Un premier coup, driing, puis un second, drinng, et il leva la tête. Interrogeant Pépète du regard, qui attendait de l'autre côté du tablier de la combinée, prêt à aider la course de la planche rabotée sur le couteau en tirant dessus. Assis sur un vieux tonneau vide métallique, qui avait contenu du Carbonyl et servait maintenant de poubelle à sciure, le Vieux se roulait une cigarette, imperturbable ; soit il devenait de plus en plus dur de la feuille et n'avait même pas entendu la sonnerie, soit il s'en fichait, estimant que l'appel, de toute façon, ne pouvait lui être destiné (probablement les deux : avec l'âge, le Vieux s'était mis à faire une sévère sélection parmi les signes sonores susceptibles de lui chatouiller valablement ou non l'ouïe...).

    Driiinnnng !

    Jocco se redressa, et soupira. Il repoussa la planche sur le tablier de la machine, la maintenant en équilibre ; Pépète saisit l'autre extrémité.

    - Elle entend pas ? dit Jocco. Elle est pas là , ou quoi ?

    Il se dirigea sans se presser vers l'appareil mural. Le soleil du début de soirée pénétrait à flots par la fenêtre nord-ouest du petit atelier et dorait la sciure, les poussières en suspension.

    - J'pense qu'elle est là, dit Pépète. J'l'ai vue tout à l'heure ; elle était dehors, près du jardin. Sûr qu'elle entend pas.

    Jocco fit un geste vague de la main qui signifiait que oui, ça devait être ça. Et puis aussi, se dit-il, Mi-Ange pouvait avoir fort bien entendu la sonnerie du premier poste dans la maison, seulement voilà, dans son état elle ne courait plus comme une championne. Il avait fait installer le second poste dans son atelier précisément pour lui éviter les allées et venues, quand ce n'était pas nécessaire. Il avait rudement bien fait car quelques jours plus tard (comme quoi il avait eu le nez fin), cette saleté de sciatique avait quasiment cloué la malheureuse au lit deux jours durant. A chacune de ses grossesses, elle avait, disait-elle, souffert de sciatique. Et à chaque fois un peu plus douloureusement. ("Même pour la fausse couche, en 72, et pourtant là, ça n'a pas duré longtemps. Bon sang, celui-là, s'il était allé jusqu'au bout, j'aurais dégusté, je crois....").

    Il décrocha à la cinquième sonnerie. Dit "Allô" tout en grattant sa joue droite piquée de barbe noire poussiéreuse, louchant sur sa moustache dans laquelle s'était accroché un petit copeau de bois.

    - Jocco, c'est toi ?

     

    Revue de presse

    L'Année du polar 1986

    Paris : Ramsay, novembre 1985. Michel LEBRUN, pages 185-186

    Malheur, c'est le nom d'une famille vosgienne ; bien nommée. Une tribu, dont autrefois l'un des membres a été tué par sa femme, une "d'ailleurs", une pute. Elle a fait de la prison mais le clan Malheur ne s'estime pas vengé pour autant. Elle s'est remariée, la garce, et attend un enfant pour bientôt, de ce Jocco. Le jour de la fête foraine au bourg, Jocco est abattu dans son atelier de menuiserie, par un tireur inconnu. Il y a de la vendetta dans l'air.

    Et la future mère, enceinte jusqu'aux yeux, qui prend un flingue pour aller dessouder tous les enfants de Malheur ! Et sa fille, quinze ans, hard-punk-plouc de choc, qui veut en faire autant, et les autres… Fréquemment, Pelot écrit des livres sans histoire. Eh bien là, il met le paquet pour cette tragédie de la terre aux héros à la fois frustres et grandioses, dont les réactions viscérales ne surprendront que ceux qui n'ont jamais fréquenté les paysans. Pelot à son top-niveau.

    Question fondamentale : "Un litre de Martini rouge (presque un litre) avalé en une minute peut-il tuer une personne ordinaire sous traitement médical ?".

    Note : Michel Lebrun attribue quatre as à ce roman. Dix-neuf textes obtiennent ce brelan sur 411 publiés d'octobre 1984 à septembre 1985 : joli résultat !

     

    L'Humanité

    19 octobre 2000. C. F.

    Peut-être la plus pertinente des rééditions de polars français. Ce roman de Pierre Pelot est ancré dans les Vosges - "territoire" de l'auteur - dans un bled non loin d'Épinal, où le temps qu'il fait dans la tête des hommes est soumis aux caprices de la nature. L'auteur de Natural Killer (Rivages noir) dit le mal issu de l'enfouissement des vérités, et cet "isolement" d'une culture imprégnée du goût de la terre, d'une paysannerie passée à l'âge d'une impossible modernité. Jocco, le mari de Marie-Ange, est descendu dans son atelier. Jadis, "Mi-Ange" - "la moitié d'un ange, la moitié d'un démon, quand elle apprenait toute seule à s'encharbonner l'oeil, appliquée, langue tirée, papillon papillonnant pour aller se brûler des moitiés d'ailes de moitié d'ange (...)" - a tué son mari Gérard, buveur et cogneur, qui portait le nom de Malheur (sic). Les frères du défunt, qui avaient juré d'avoir la peau de "la salope" sont-ils coupables ? Mi-Ange, enceinte de sept mois, en est persuadée, aussi sûre qu'elle ne croit vivre que "pour donner naissance à la peur et au drame", et s'élance à leurs trousses, avec sur ses talons, ses enfants qui s'engouffrent à leur tour dans la gueule ouverte d'un destin connu d'avance. Fin psychologue, incomparable conteur, Pelot s'acharne à décrypter ce sentiment sordide : la certitude qu'on n'a plus rien à perdre, qui donne fatalement un coup de pouce à une brutale fin, au fil d'une musicale et grave écriture.

     

    Page créée le mardi 11 novembre 2003.