Jacques BRENNER, par François JODIN

La Liberté de l'Est

21 février 2001

L'écrivain Jacques Brenner était Vosgien

Romancier, critique, essayiste et journaliste, Jacques Brenner a été retrouvé mort mardi à son domicile parisien, boulevard Saint-Germain. Il était né à Saint-Dié le 16 septembre 1922.

On surprend bon nombre de Vosgiens quand on leur dit que le romancier Jacques Brenner est un Déodatien de naissance. Il est vrai qu'on le voyait peu dans les médias. Et pourtant il fut longtemps conseiller littéraire aux Éditions de Minuit, chez Julliard et chez Grasset où il avait la réputation d'être une "éminence grise" des lettres françaises. Critique, essayiste et romancier, il a publié une vingtaine d'ouvrages et a collaboré à de nombreuses revues et journaux. Citons entre autres Paris-Normandie à ses débuts, puis Les Cahiers des saisons (où il contribua dans un numéro spécial à faire mieux connaître l'autre écrivain vosgien Henri Thomas), Le Nouvel observateur, L'Express, le Figaro littéraire. Il fut l'un des fondateurs dans les années cinquante de la revue 84 avec André Dhôtel, Marcel Bisiaux, Alfred Kern et Henri Thomas. Une revue qui publia des textes d'Antonin Artaud et d'un débutant qui s'appelait Samuel Beckett !

Son vrai nom était Meynard, né à Saint-Dié, à la librairie-tabac que tenait sa mère née Marguerite Lecuve. La Civette existe toujours rue Gambetta. Son père Georges, originaire du Puy, était contrôleur des Postes, et sa mère était de Celles-sur-Plaine où son grand-père était à la fois cultivateur et maçon. A treize ans, il quittera sa ville natale pour Rouen où son père fut promu chef du centre de chèques postaux.

Collégien à Saint-Dié

Il fit ses études au collège municipal de Saint-Dié où, disait-il, "j'ai été un très médiocre élève jusqu'à la classe de 7° où j'ai eu la chance d'avoir pour professeur M. André Magnier qui un jour lut devant toute la classe ma première rédaction". Le goût de l'écriture lui est venu après celui de la lecture. Ses premières passions de lecteur étaient des livres pour enfants d'Arnould Galopin ! Puis ce furent Les Misérables de Victor Hugo et Madame Thérèse d'Erckmann-Chatrian. Il confiait avoir toujours aimé beaucoup Erckmann-Chatrian.

Il considérait Saint-Dié comme "un paradis perdu". C'est pourquoi son premier roman La Rentrée des classes s'inspire de ses souvenirs d'enfance dans une ville rebaptisée Saint-Romont, comme l'avait fait avant lui un autre ancien élève du collège, Henri Thomas qu'il admirait beaucoup, dans Le Seau à charbon. Ses autres romans à succès furent L'Armoire aux poisons, Les Lumières de Paris, Les Amis de jeunesse, Daniel ou La Double rupture, Les Petites filles de Courbelles.

Couronné par l'Académie

Il fut aussi un éminent critique et essayiste éclairé, avec Mon histoire de la littérature française contemporaine et Voyage dans les littératures étrangères. Il était membre de plusieurs jurys littéraires, dont le Renaudot, le Sainte-Beuve, le Chardonne, le Deux-Magots. Il reçut en 1995 le grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre pendant cinquante ans de vie littéraire. Quand on lui demandait pourquoi il avait choisi le pseudonyme de Brenner, il disait que, franchissant un jour ce col, il l'avait trouvé très beau !

Le milieu littéraire est versatile. Jacques Brenner a passé les dernières années de sa vie dans la solitude. Mais l'auteur d'Une humeur de chien avait gardé un très fidèle ami en son chien cocker. Dans l'un de ses derniers ouvrages, Le Flâneur indiscret, Brenner raconte d'une plume alerte et drôle ses souvenirs et rencontres. C'est lui qui a découvert Patrick Modiano. Le flair...

François Jodin.