Jacques AUDIBERTI




La Fourmi dans le corps / Revue de presse vosgienne

La Liberté de l'Est

27 mars 1962

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La Liberté de l'Est

31 décembre 1979 - Cégeste (Pierre Jeandidier)

La fourmi romarimontaine dans le corps

Jacques Audiberti n'a-t-il pas pris de telles libertés avec l'histoire romarimontaine qu'il mériterait d'être brûlé en place de Grève ? Mais les oeuvres théâtrales d'Audiberti ont toujours senti le fagot. La Fourmi dans le corps n'y fait pas exception. La reprise parisienne, au Carré Marigny, ne fera qu'accentuer l'ire des vieux romarimontains qui n'aiment guère qu'on plaisante avec la respectabilité de leurs chanoinesses.

De quoi s'agit-il ? "Une jeune femme, non mariée, sans doute vierge, Mlle Barthélémy de Pic-Saint-Pop est l'amie, la camarade, la disciple de Roger du Marquet, un intellectuel à l'esprit libre. Amants ? Non. Même, il la décourage de chercher dans la chair un plaisir facile. Comme elle est noble de naissance, et afin de connaître une vie originale, elle devient chanoinesse à Remiremont".

Dès son arrivée à Remiremont, Pic-Saint-Pop prétend se mettre à la tête des nonnes. C'est une femme de tête qui brûle du désir de commander. Elle entreprend donc de ranger sous sa bannière les nonnes, les "fourmis", contre les mondaines, les filles à marier des couvents, les "abeilles".

Cependant l'Histoire fait son entrée sous les traits du maréchal de Turenne dont l'armée se présentera d'un moment à l'autre devant Remiremont. Turenne va-t-il s'emparer de la ville ? Va-t-il suivre son chemin ? Sur ce, deux vieilles chanoinesses, deux "fourmis" qui n'aiment pas les Français, tirent sur leur camp un coup de canon. Le boulet tombe sur le lit de Turenne. Il décide de brûler la ville. Pic-Saint-Pop va jouer les Judith devant Holopherne.

A la grande surprise de la communauté, elle se rend au camp de Turenne afin de plaider la cause de Remiremont. Au camp du maréchal, qui rencontre-t-elle ? Roger du Marquet, l'intellectuel distingué, mais aussi cornette dans l'armée. Elle considère qu'elle n'a plus à se gêner, elle contraint du Marquet, sous la menace de ses pistolets, à la violer séance tenante. Elle arrache ensuite à Turenne le pardon pour Remiremont. Et en présence de l'abbesse et des dignitaires du Chapitre, elle annonce qu'elle va épouser du Marquet. La fourmi n'était pas seule dans le corps du délit, c'est le moins qu'on puisse dire.

On comprend que les irrévérences d'Audiberti n'aient jamais fait rire les Romarimontains. Mais en cette fin d'année, l'essentiel n'était-il pas qu'on parle des chanoinesses en plein cœur de Paris ?

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